actualités

Oui, les ex-gendarmes ont leur place dans l’enseignement

Après la polémique qu’a suscité la nomination d’un ex-gendarme, comme directeur-adjoint d’un établissement scolaire à Stains (93), Le Pandore et la Gendarmerie a souhaité donner la parole à des professeurs pour équilibrer les débats qui avaient été fait à charge uniquement. Une professeur d’Anglais qui nous a répondu est catégorique : « Oui ! Je suis favorable à la venue de gendarmes en reconversion dans les établissements scolaires ».

Cette interview a été réalisé sans aucune modification de notre part. Nous le précisions avant toute lecture du document. Son auteure a pu conserver son anonymat et nous la remercions donc de sa participation à rétablir l’équilibre médiatique qui, comme souvent, a été fait principalement à « charge » contre l’ex-gendarme qui avait, rappelons-le, été nommé par le rectorat à son poste.

Vous êtes professeur. Pouvez-vous nous dire dans quelle région et quel type d’établissement vous travaillez et si c’est un établissement sensible ?

Je suis professeur  d’anglais dans un collège en milieu rural ( très rural). C’est un établissement  qui n’est pas classé sensible mais qui connaît régulièrement des actes de violence verbales ou physiques émanant de parents ou d’élèves à l’encontre des enseignants, du personnel éducatif ou d’autres élèves.

Vous avez souhaité réagir différemment de vos collègues de Stains, à des articles sur la colère des enseignants, concernant la nomination d’un gendarme comme directeur adjoint. Pouvez-vous nous dire en quoi cette nomination serait positive ?

La seule et unique solution apportée au problème de violences en milieu scolaire est le dialogue, et ce que j’appelle  la « énième chance » (le dialogue et l’écoute ne sont pas de mauvaises choses en soit! Le dialogue est indispensable est nécessaire. Cependant, lorsque l’on voit que la violence s’installe, s’intensifie : c’est le signe qu’il faut changer de méthode.Sanctionner devient inévitable et même obligatoire lorsque l’on constate qu’il y a récidive ou que cela s’accentue comme à Stains.) Les solutions provenant du milieu enseignant ne fonctionnent pas : c’est clair ici. Il faut trouver une autre approche. Celle des gendarmes me semble tout à fait adaptée à la situation. Ils connaissent parfaitement le problème de la violence notamment dans les quartiers difficiles. Ils côtoient les mêmes jeunes qui fréquentent les établissements -ou leur famille. Peut-être qu’avoir quelqu’un qui connaît parfaitement les lois du « vivre ensemble » (si cher aux enseignants), et les risques encourus par ceux qui les enfreignent permettra de donner aux élèves une idée de ce qu’ils encourent réellement à ne pas respecter les lois notamment en dehors et à l’intérieur des établissements scolaires. Les élèves savent qu’en réalité, ils risquent peu de choses à l’exception d’une exclusion temporaire -rarement définitive – lorsqu’ils commettent des actes de violences au sein des collèges et lycées. Les conseils de disciplines ne sont plus craints. Il faut trouver d’autres interlocuteurs pour gérer ces violences : des personnes formées à cela et capables de gérer des groupes comme ce gendarme l’est. Quand j’ai passé mon concours, c’était dans l’objectif d’enseigner. Si j’avais voulu gérer des situations de violence j’aurais passé mon concours police ou gendarmerie. Chacun son métier. On entend souvent les profs se plaindre qu’ils passent plus de temps à faire le gendarme qu’à enseigner. Au moins, on leur retire une mission en nommant un gendarme au poste de direction.

Selon-vous, pourquoi les réactions de vos collègues sont-elles violentes à cette nomination ? De quoi ont-ils peur véritablement ?Est-ce que les réactions sont exagérées ?

Selon moi, cela vient del’ éternelle opposition flic-profs (les stéréotypes ont la dent dur dechaque côté!) mais aussi la peur qu’il n’y ait plus de séparation entre lelieu  presque « sacré » qu’estl’école (je vous rappelle que l’école est le lieu ou normalement l’égalitéprône avant tout : égalité de traitement, égalité d’accès etc.…) et lecommissariat, la rue. Les enseignants veulent que ce qui se passe dans l’écolereste à l’école et ne soit pas utilisé contre les élèves dans le cadred’affaires relevant de la police ou la gendarmerie. De plus, le gendarme estassimilé à un militaire et donc à un état de guerre et guerre contre qui :les élèves. On a déjà vu des postes de direction confiés à des anciensdirecteurs de Poste et ça n’a jamais fait de remous…Pour moi oui clairement,les réactions sont exagérées. A situation exceptionnelle, mesureexceptionnelle. Et puis surtout, dans notre métier , les maîtres-mots sont :  bienveillance, tolérance, écoute, ne pas selaisser guider par des a priori. Là c’est complètement l’opposé. Ce gendarmen’a même pas pris son poste, il n’a même pas eu le temps de se présenter,d’expliquer les solutions qu’ils proposent et son plan d’action que les professeurs ont déjà annoncé qu’ils semettaient en grève ! Le fait qu’il soit un ex-gendarme ne veut pas direque ce soit quelqu’un qui prône le corps à corps physique (j’ironise maishonnêtement c’est à peine exagéré), ou seulement un système de sanctionsdémesuré. Il faut lui laisser sa chance , et on fera un bilan a posteriori.

Comprenez-vous la réaction des gendarmes quand ils voient qu’ils ne peuvent plus avoir accès à certaines reconversions et leur ressentiments de ne pouvoir postuler à une autre vie professionnelle après l’armée ?

Je connais cette frustration. J’ai moi-même essayé de changer de voie mais beaucoup de portes se ferment à la simple écoute du mot« prof ». On est catalogués feignasses, bossant 18h/semaine etc.,capable de gérer seulement des cahiers et des tableaux… Pour les gendarmes,j’imagine que c’est aussi difficile. Les mentalités ont du mal à évoluer dans notre pays, c’est une réalité. La preuve ! Mais il suffit d’une occasion,d’une personne qui pense différemment et qui vous laisse votre chance. Je pense que  les points négatifs que l’on vous reproche peuvent tout aussi bien être des points positifs. Il faut insister,persévérer et ne pas abandonner ! Quitte à devoir bousculer un peu les gens (sens figuré je précise ).Il est temps d’arrêter de cataloguer les gens, de les mettre dans des cases une fois pour toutes. On évolue. On apprend sans cesse. Et puis chacun a son fonctionnement, ses qualités et ses défauts, ses compétences, ses bagages et ses casseroles. On apprend au contact des autres.Si on accepte que les personnes qui pensent comme nous, font comme nous, on ne progresse jamais.

Une enseignante la semaine passée a subi de certains élèves,des menaces avec arme. Elle n’a dû son salut qu’à son sang-froid salué par tous.Comment comprendre qu’on veuille plus de sécurité dans les établissements et en même temps refuser et ne pas vouloir d’anciens gendarmes reconvertis dans l’enseignement ?

Pour apporter une rectification, son sang-froid n’a pas été salué par tous au contraire. La ministre a trouvé cela bizarre, les parents ont même ouvert une page accusant cette enseignante d’être trop laxiste dans ses cours, des collègues ont également trouvé son attitude désinvolte légère. Mais quelle attitude attendaient tous ces gens ? Qu’elle fasse une crise d’hystérie, qu’elle s’enfuie de sa salle laissant les autres élèves avec ces énergumènes (elle ne savait pas que c’était une arme factice) ? Ces critiques montrent bien qu’il est difficile de changer les choses dès que ça touche l’école. Certains parents ont du mal à entendre que leurs enfants ne sont pas exemplaires en cours, que ce n’est pas systématiquement le prof qui adopte la mauvaise attitude, d’autres savent très bien que si on met des gendarmes dans un établissement, ce ne sera pas pour justement proposer une autre approche. Les parents comme les profs veulent du changement et le craignent. Les profs ne veulent pas ne plus être seuls maîtres à bord. C’est leur lieu, leur domaine…Laisser entrer les forces de l’ordre , c’est devoir reconnaître une forme d’échec et reconnaître que la situation est plus grave que ce qu’on laisse penser et voir , c’est ouvrir l’école sur l’extérieur…et donc une certaine part d’inconnue. Pas évident quand on aime maîtriser les choses.

Est-ce que pour vous, il est normal de voir les étudiants demander l’annulation de cette nomination ? Est-ce que ce ne serait pas pour cacher des « interdits » ?

Jusqu’à preuve du contraire, les étudiants ne sont pas des supérieurs hiérarchiques ou des employeurs. Ils sont entendus dans différents conseils, peuvent donner leur avis mais là encore tout se discute,tout s’explique. Tout comme les enseignants, ils ont besoin d’être rassurés,d’entendre ce gendarme et ce qu’il compte mettre en place. Ici tous partent en guerre contre un ennemi qui n’en est pas un ! Au contraire ! Je pense que les élèves sont bien contents de voir la réaction de rejet chez les enseignants. C’est comme pour les contrôles routiers : si vous n’avez pas commis d’infraction au code de la route, vous ne craignez pas les contrôles routiers. Pour les élèves, c’est pareil. Ceux qui n’ont rien à se reprocher n’ont rien à craindre de la venue d’un ex gendarme. On ne lui donne pas de mission d’enseignement mais de gestion de la violence. Il est donc dans son domaine. On peut comprendre (sic) que certains élèves ne voient pas son arrivée dans l’établissement d’un bon œil.

Certains décrivent des problèmes à la sortie des écoles. Sachant que ces problèmes arrivent dans l’établissement, et que c’est volontairement que les exactions sont produites hors de l’enceinte de l’établissement, pour éviter la sanction, en quoi un ancien gendarme pourrait influencer ces comportements ?

Comme je le dis plus haut, le fait qu’il connaisse les lois et les sanctions en cas de non-respect de celles-ci peut être un atout. Ce sera du concret. Il a l’habitude d’observer les gens, prévoir leurs réactions, intervenir quand il le faut. Le gendarme peut et doit tirer profit de son expérience de gestion de conflit, d’apaisement des tensions par le dialogue, l’écoute et la transmettre à ses nouveaux collègues. De plus, il saura conseiller comme il se doit les victimes de cette violence sur ce qu’elles peuvent faire, qui elles peuvent rencontrer. Ce n’est pas une formation de deux jours qu’on apporte aux collègues mais une formation continue en fait. Personnellement je le prendrais comme cela ! En cas extrême, il peut informer ses collègues si la situation l’impose sans pour autant jouer les « indic » car il perdrait toute crédibilité auprès de ses collègues et auprès des élèves.

Vous seriez favorable à la nomination dans plusieurs établissements dit « sensibles » ou non, et avec la certitude qu’ils sont désignés par le rectorat, compétents aux postes convoités, d’anciens gendarmes ?

J’y suis tout à fait favorable. Quand un médecin ne parvient pas à établir un diagnostic à une série de symptômes, il envoie son patient voir des spécialistes. Pourquoi ne serait-ce pas possible au sein de l’éducation nationale ?Les profs ne sont pas des supers héros. Il faut être lucide. Certaines situations ne relèvent plus de notre fait et nécessitent une prise en charge par des personnes expérimentées. Nous avons tout à apprendre de ces intervenants issus de l’extérieur mais qui-pour moi- ont toute légitimité à intégrer l’Education Nationale.

Si vous me permettez un dernier mot je souhaiterais dire aux gendarmes qui vous lisent qu’ils font un travail qui mérite respect, et honneurs. Qu’ils soient toujours fiers d’exercer ce métier !

Crédit photo LCI- La dépêche.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *