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La qualité de tir en gendarmerie

On a pu lire dernièrement dans la presse, et plus précisément dans un média spécialisé sur la Gendarmerie et bien connu de l’Institution et des gendarmes, un extrait du rapport de la cour des comptes sur la baisse des résultats en tir des policiers et gendarmes. Cette information était surtout certifiée par la recrudescence des accidents en service avec les armes à feu. Ouvrons donc ensemble, la boîte de Pandore !

Effectivement, une augmentation des accidents et la chute des résultats en tir, a bien été constatée en 2016 et 2017. Encore faut-il que cette donnée soit palpable, mais nous y reviendrons plus tard. Car alors, une question se pose une fois ce bilan dressé : à qui la faute ?

Pour le commun des mortels, nos policiers et nos gendarmes doivent être entraînés, rodés et aguerris aux techniques de tirs. C’est bien évidemment une erreur. Toujours à destination du grand public, nos forces de l’ordre, doivent au moins tirer leurs 100 cartouches par mois pour maîtriser cette discipline qu’est le tir, et, de ce fait, être en mesure d’assurer la sécurité de leurs concitoyens en toute situation. C’est, là encore, une erreur populaire relayée par les médias.

 
Connaître cet armement sur le bout des doigts

Ces mêmes forces de sécurité doivent en toute circonstance, ou partie, maîtriser le maniement de l’armement, divers et varié, mis à sa disposition, plus encore au vu de la menace terroriste actuelle. Selon cette chimère populaire, ils doivent surtout rester maîtres de leurs propres armes de service et en maîtriser chaque geste. Connaître cet armement sur le bout des doigts. ERREUR là encore : dans les faits, rien ne permet de dire qu’un tel résultat est obtenu ou même recherché. Mais pourquoi ? Pour des raisons de moyens techniques, pour des raisons de temps, pour des raisons de formation et donc de « culture », et enfin pour des raisons d’argent bien sûr !

 
Les champs de tir sont difficiles à trouver

Commençons par le premier. On peut lire dans l’article de ce « fameux » journal à destination des gendarmes, que les champs de tirs seraient la première cause de ce déclin. C’est en partie vrai. Les champs de tir sont difficiles à trouver, pas toujours accessibles, saturés par les demandes et souvent partagés avec les civils ou autres unités militaires. Les forces de sécurité intérieure sont souvent obligées de s’inviter sur des camps militaires ou stands de tirs civils. Les responsables de tirs en gendarmerie (et même police), sont souvent contraints de « faire la pute » pour obtenir des créneaux horaires pour réaliser les exercices. Faute de moyens techniques et faute de moyens financiers. Du fait de raisons administratives, de normes ou de volonté parfois, les unités police/gendarmerie ne disposent plus de leurs propres champs de tirs. C’est un constat alarmant.

 
On nous a pressés sous les quotas de résultats et la culture du  PV 

Ensuite, ces dernières années, on nous a pressés sous les quotas de résultats et la culture du « PV », d’où une augmentation certaine des heures de patrouille, ou présence sur le terrain, accentuant, là encore, la baisse de fréquentation, d’encadrement et de formation des unités. Les heures d’entraînement ont été négligemment laissées de côté. La menace terroriste prenant une place importante dans les priorités de notre projection, une « bonne part du gâteau » concernant les exercices de tirs, revient bien sûr, dans ce contexte, aux unités spécialisées. Est-il nécessaire de rappeler que les deux-tiers de la dotation en munitions de la gendarmerie, est réservée à l’usage exclusif du GIGN. N’y voyez aucune jalousie, c’est légitime. Encore faut-il que cette menace terroriste soit justifiée. A moins qu’elle ne permette de justifier beaucoup de choses, notamment des contrats d’armement et une privation de plus en plus intrusive et un surarmement inquiétant de la population.

 
On laisse souvent sortir des gens « limites »

Mais continuons sur notre sujet. Depuis 20 ans en gendarmerie, venant pour ma part d’une autre armée, je n’ai pu que constater, et ce, dès mon arrivée une dégradation récurrente de la formation et de l’éducation de ceux qui intégraient ces deux institutions que j’avais moi-même fréquentées. En effet, les écoles sont soumises comme ailleurs, à la loi des quotas. D’une année sur l’autre, on ouvre ou on ferme les vannes et lorsqu’elles sont ouvertes, on laisse souvent sortir des gens « limites » (pour reprendre les termes d’un ami formateur en école).

 
En regardant la gestuelle de son utilisateur, on comprend que l’arme est une peur

Sachant à peine tenir leur arme et se limitant à la glisser dans le ceinturon, certains partent en patouille sans charger. Tant mieux peut être. Cela évite sûrement des accidents qui autrement, viendraient gonfler les statistiques. J’ai pu constater malheureusement ces états de fait dans de nombreuses brigades où simplement, en regardant la gestuelle de son utilisateur, on comprend que l’arme est une peur. De plus, la qualité de la formation elle-même, n’a eu de cesse de se dégrader. Pour un pays qui avait une histoire de l’armement, nous avons tout perdu. Jusqu’à la connaissance de celui-ci également.

 
Des « génies » de l’intervention qui, du fait de marquer leur passage sur cette terre, inventent, rafistolent des manuels de tir

Envahi depuis quelques années par des « génies » de l’intervention qui, du fait de marquer leur passage sur cette terre, inventent, rafistolent des manuels de tir et autres méthodes de réactions immédiates, s’intronisent instructeurs et vendent au tout-venant, leur incompétence inconsciente. Plutôt que de tout voir, sans vraiment le maîtriser, les élèves gendarmes et policiers devraient simplement se contenter de 3 ou 4 matières dans les écoles. Dont deux d’entre elles restent majeures selon moi, l’armement et le tir.

 
Nous ne sommes pas forcément à l’heure de la compétence

Mais c’est vrai, nous ne sommes pas forcément à l’heure de la compétence. Etant dirigé par une politique de moyens, plutôt que par une politique de résultats, il est souvent plus intéressant, à travers des démonstrations et autres cérémonies de « montrer et d’afficher », plutôt que de faire des bilans de sécurité qui, selon moi, me semble évidents, mais dont personne ne parle. Y aurait-il des contrats juteux à la clé ? Cette dégradation de nos tirs, n’est-elle pas encore une raison pour justifier une probante privatisation contractuelle ? Les sénateurs de la cour des comptes ne sont-ils pas les mêmes qui au final, décident depuis tant d’années de la baisse de pouvoir d’agir de nos forces de l’ordre ? Et puis sont-ils allés éplucher les fiches de résultats ?

 
Le gendarme tire ses dix cartouches, quand il les tire, et s’en retourne à sa patrouille

Je ne le pense pas, car aucune obligation de résultats n’est imposée actuellement dans les éventuels contrôles de tir annuels. Là encore, cet état de fait, ce constat, est particulièrement alarmant. Le gendarme tire ses dix cartouches, quand il les tire, et s’en retourne à sa patrouille. Les quotas de verbalisation n’attendent pas ! Bien sûr, les grands perdants sont les gendarmes et policiers eux-mêmes. Tous, bien conscients de cette réalité, ils ne cessent de la faire remonter à leur hiérarchie…mais il n’est pas prévu, aujourd’hui par cette même hiérarchie, d’endiguer cette problématique.

 

Auteur : C.
Gendarme d’active en mode anonyme.
Crédit photo: Journal SudOuest, Photo A.B

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