Partir avant juillet pour préserver une majoration de pension, ou rester jusqu’en décembre pour espérer un nouveau complément ? Auditionnées le 15 octobre à l’Assemblée nationale, les associations professionnelles nationales de militaires ont placé cette contradiction au cœur de leurs premières interventions. L’APNM Marine redoute que deux réformes présentées dans les budgets de 2027 ne poussent précisément vers la sortie les cadres que les armées cherchent à conserver.
Devant la commission de la Défense, son représentant, le capitaine de corvette Thibault, a parlé d’un « signal contradictoire ». D’un côté, l’article 34 du projet de loi de financement de la sécurité sociale prévoit de modifier les majorations de pension pour enfants. De l’autre, l’article 79 du projet de loi de finances propose de créer un complément de pension militaire. Les deux dispositifs n’ont ni le même objet ni la même date d’entrée en vigueur envisagée.
Deux dates qui peuvent peser sur une décision de départ
Dans le texte déposé par le gouvernement, la nouvelle majoration forfaitaire pour enfants s’appliquerait aux pensions prenant effet à compter du 1er juillet 2027. Le complément de pension de l’article 79 commencerait, lui, au 1er décembre. Pour l’APNM Marine, un militaire déjà en mesure de liquider sa pension pourrait donc préférer partir avant la première échéance plutôt que d’attendre la seconde, dont les paramètres restent à préciser.
Ce n’est pas seulement un calcul individuel, a fait valoir l’association : les personnels concernés comprennent des cadres expérimentés qui forment les plus jeunes et transmettent leurs compétences. Son représentant dit entendre ces intentions de départ dans les unités, les états-majors et les bases. Il rejoint ainsi l’alerte déjà portée par le chef d’état-major des Armées, que Le Pandore avait rapportée après son audition.
L’APNAIR soutient la suppression de l’article 34
Le capitaine Lionel, pour l’APNAIR, l’association représentative des militaires de l’Armée de l’air et de l’espace, a soutenu devant les députés l’amendement de suppression de l’article 34 évoqué pendant l’audition. Il a insisté sur la convergence qu’il constate entre représentants des personnels et commandement sur ce sujet.
Le gouvernement défend une autre logique dans l’exposé des motifs du PLFSS : remplacer une majoration proportionnelle, plus favorable aux pensions élevées, par un montant forfaitaire destiné à mieux soutenir les petites pensions, notamment celles des femmes. L’APNM Marine ne rejette pas l’objectif d’équité, mais demande qu’il ne se traduise pas par une perte pour les familles militaires ni par une incitation à quitter le service.
Dans une publication de l’association antérieure à l’audition, l’hypothèse d’un forfait de 125 euros mensuels pour trois enfants illustrait cet effet : une pension de 2 000 euros perdrait 75 euros de majoration par mois par rapport à une majoration de 10 %. Ce montant de 125 euros reste une hypothèse de calcul de l’APNM Marine, pas un montant définitif inscrit dans le projet de loi.
Le complément de pension attendu, mais encore trop flou
Sur l’article 79, les représentants ne contestent pas le principe d’une meilleure prise en compte des sujétions militaires à la retraite. L’APNM Marine salue cette avancée, tout en demandant une concertation sur les conditions d’accès. Elle craint notamment qu’une durée minimale trop élevée écarte les carrières les plus courtes, dont celles des quartiers-maîtres et matelots.
L’APNAIR souligne, elle aussi, que l’annonce d’une mise en œuvre en décembre ne répond pas encore aux questions sur les seuils et les montants. Le capitaine Lionel juge insuffisante la visibilité donnée aux personnels alors que, selon lui, les hypothèses circulent depuis plusieurs années entre les états-majors et l’administration.
Le projet renvoie effectivement plusieurs paramètres à un décret. Il prévoit une cotisation supplémentaire et une durée minimale de services pour accéder au complément. Les services accomplis comme militaire de la Gendarmerie nationale sont explicitement exclus du calcul de ce complément. Les gendarmes ne bénéficieraient donc pas de ce nouveau dispositif au titre de leurs années dans l’institution.
Sur l’indexation, distinguer la crainte et la règle proposée
L’APNM Marine a aussi exprimé sa crainte de voir un forfait perdre sa valeur avec le temps, en rapprochant ce risque de celui des primes. Sur ce point, le texte de l’article 34 prévoit bien une revalorisation des montants selon les dispositions auxquelles il renvoie. La critique sur l’érosion future ne doit donc pas être confondue avec une absence d’indexation écrite dans le projet.
L’enjeu soumis aux députés est désormais concret : rendre cohérents le calendrier et les conditions de ces mesures avant que des personnels n’arrêtent leur décision de départ. Les associations ont formulé leurs demandes ; l’issue dépend encore de l’examen parlementaire et, pour le complément de pension, des paramètres réglementaires.
Sources : audition officielle des APNM du 15 octobre 2026, interventions de l’APNM Marine à partir de 12 min 54 et de l’APNAIR à partir de 16 min 21 ; PLFSS 2027, article 34 et exposé des motifs ; PLF 2027, article 79 ; publication de l’APNM Marine sur l’hypothèse de forfait.
Photographie : image d’illustration.
