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Pomas : autour du château, « on ne sait pas où on va » pour engager les réparations

Une rue de Pomas jonchée de tuiles après la tornade du 24 août, avec des habitants devant les maisons endommagées.

Pomas, le 24 août : tuiles au sol et maisons endommagées après le passage de la tornade. Photo transmise par Bernard Gelis. Recadrage de l’original.

Pomas (Aude). Un artisan peut être prêt, un devis peut être établi, et pourtant le chantier ne démarre pas. Plus d’un mois après la tornade du 24 août 2026, c’est la difficulté décrite par plusieurs habitants du quartier du château. Ils ne demandent pas un privilège : ils veulent savoir, clairement et par écrit, ce qu’ils peuvent reconstruire, avec quels matériaux et à quel moment. Derrière ces questions, il y a des fenêtres absentes, des maisons encore inhabitées et des familles qui voudraient enfin rentrer chez elles.

Le 30 septembre, au cours de notre reportage à Pomas, Laurence Cucchiarini et Bernard reviennent sur cette attente. Leurs situations ne sont pas identiques, mais leur demande se rejoint : obtenir les décisions nécessaires pour engager les réparations sans courir le risque de devoir tout recommencer. Troisième épisode de notre série « Pomas, après la tornade ».

Depuis ce reportage, la situation de Laurence a encore évolué. Le 5 octobre, après un épisode pluvieux, elle nous a indiqué que de l’eau était entrée sous une partie bâchée de sa toiture comportant de l’amiante. Elle attendait alors de savoir si cette zone pouvait être protégée plus efficacement et redoutait qu’une partie d’une éventuelle décontamination reste à sa charge. Elle s’inquiète aussi d’un possible surcoût si des menuiseries différentes de celles existantes devaient lui être demandées : son assurance, nous explique-t-elle, prévoit une remise à l’identique en PVC. Là encore, elle demande surtout une réponse écrite avant de commander.

Laurence : « Moi, j’ose pas commander »

Laurence ne cherche pas à refaire sa maison pour le plaisir. Elle voudrait pouvoir y vivre à nouveau. À la question de son besoin le plus immédiat, elle répond qu’il faut déjà pouvoir planifier les travaux. « C’est déjà pouvoir planifier les choses parce que là tout est arrêté. » Elle évoque ses fenêtres : sans elles, difficile d’envisager de réoccuper les lieux.

Dans ce secteur proche du château, les habitants évoquent des exigences possibles sur les menuiseries, les volets, la couleur ou certains éléments de clôture. Laurence redoute d’engager une commande qui ne serait finalement pas conforme aux prescriptions applicables. « Moi, j’ose pas commander. » Ce sont ses mots, recueillis le 30 septembre. Ils résument un problème très concret : une fenêtre ne se commande pas et ne se fabrique pas instantanément. Chaque décision attendue peut donc repousser un peu plus le moment de fermer la maison, de la protéger et d’y retourner.

Pour Laurence, dont nous avons déjà raconté les difficultés de relogement et la petite retraite, cette attente n’est pas une abstraction administrative. Elle doit préserver ses ressources tout en organisant un retour encore incertain. Les travaux qu’elle souhaite engager doivent lui permettre de retrouver un logement habitable, pas de prendre le risque d’une nouvelle dépense imposée après coup.

Bernard a les artisans. Il attend de savoir ce qu’il peut faire

Bernard raconte une autre réalité : il peut accéder à sa maison et les ouvriers sont là. Il a demandé que les éléments réparés soient refaits à l’identique. Mais il redoute que des instructions ultérieures ne l’obligent à modifier des ouvrages déjà réalisés. La charpente est notamment au cœur de ses préoccupations. Son problème n’est donc pas l’absence d’entreprises disponibles.

« Moi, les artisans, j’ai tout », explique-t-il. Ce qui lui manque, poursuit-il, c’est le feu vert clair permettant de lancer ses travaux en sachant qu’il n’aura pas à les faire défaire. Il attend aussi le rapport de l’expert et la clarification des règles qui s’appliquent à sa maison.

Son raisonnement est facile à comprendre : faire intervenir des entreprises, mobiliser des matériaux et avancer un chantier représente déjà un effort considérable après une tornade. Si une instruction écrite arrive trop tard et impose de reprendre ce qui a été fait, ce sont encore du temps, de l’argent et des semaines sans vie normale qui peuvent disparaître.

Le château : un danger reconnu, une mise en sécurité annoncée

Le château de Pomas n’est pas un simple décor au-dessus des habitations. Le ministère de la Culture a confirmé le 9 septembre 2026 que l’édifice, très endommagé par la tornade, présentait un danger pour des maisons situées en contrebas. Selon ce communiqué, une expertise judiciaire du 29 août avait confirmé le risque et interdit le retour des habitants concernés dans leurs logements.

Le ministère a annoncé une mise sous instance de classement du château. Cette mesure doit permettre à la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) d’intervenir pour les études et les travaux de stabilisation de l’édifice. L’objectif annoncé est d’accélérer la mise en sécurité des habitants, tout en préservant le monument.

Mais deux questions différentes ne doivent pas se confondre : la sécurité des maisons exposées au risque d’effondrement du château, et les prescriptions éventuellement applicables aux réparations des habitations voisines. Les riverains ont besoin de savoir à laquelle de ces situations ils sont confrontés, et de recevoir pour leur propre adresse les décisions correspondantes.

Fenêtres, toiture : les réponses que Laurence attend

Les questions que nous avons adressées aux services de l’État sont directement celles que pose aujourd’hui la situation de Laurence : peut-elle remplacer ses fenêtres à l’identique en PVC ou des prescriptions particulières peuvent-elles lui imposer un autre matériau ? Peut-elle faire protéger ou réparer sans attendre la partie de toiture qui prend l’eau ? Quel document écrit doit-elle obtenir avant de commander ses menuiseries ou d’engager un chantier ? Et, si une prescription patrimoniale devait entraîner un surcoût, existe-t-il une prise en charge ou une aide spécifique ?

C’est précisément pour obtenir ces réponses que notre rédaction a saisi, le 4 octobre, l’Unité départementale de l’architecture et du patrimoine (UDAP) de l’Aude, avec la DRAC Occitanie en copie. Nous avons volontairement limité nos demandes aux points qui conditionnent concrètement le retour des habitants chez eux : règles applicables aux fenêtres et aux menuiseries, réparations urgentes de toiture, nécessité d’un accord écrit avant commande et éventuelle prise en charge des surcoûts liés à des prescriptions patrimoniales.

Le 8 octobre, l’UDAP de l’Aude nous a répondu que notre courrier avait été transmis à l’Architecte des Bâtiments de France responsable du service, qui doit nous apporter une réponse. Nous ne manquerons pas de publier les précisions qui nous seront communiquées. En attendant, une chose est déjà certaine : Laurence a besoin de savoir ce qu’elle peut commander et faire réparer maintenant, pas dans plusieurs mois.

Avant l’hiver, chaque réponse compte

À Pomas, l’urgence ne s’est pas arrêtée lorsque les débris ont été retirés des rues. Une fenêtre manquante, un toit à consolider ou une maison interdite d’accès continuent de bouleverser la vie quotidienne. Les habitants rencontrés veulent pouvoir dormir au sec et au chaud, engager leurs artisans et conserver un relogement financièrement supportable pendant les travaux.

Laurence et Bernard n’attendent pas une formule générale promettant que les dossiers avancent. Ils ont besoin de savoir, pour leur maison, qui décide, quel document fait foi, quels travaux peuvent commencer et dans quel délai. À l’approche de l’hiver, cette clarté est aussi importante que les devis et les matériaux. C’est elle qui permet de passer enfin de la catastrophe à la reconstruction.

À relire : l’épisode 2, consacré à Laurence, au relogement et à l’urgence financière avant l’hiver.

À relire : le premier épisode de notre série, consacré au soutien apporté par les gendarmes et aux difficultés du retour chez soi.

Photo de couverture : rue de Pomas après la tornade du 24 août 2026. Photo transmise par Bernard Gelis, recadrée et optimisée pour le site. Cette image ne date pas du reportage du 30 septembre.

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