« Ils ont été extraordinaires ! » À Pomas, lorsque nous demandons aux habitants comment les choses se sont passées avec les gendarmes, la reconnaissance trouve ses mots. Mais, dans cet échange du 30 septembre, un peu plus d’un mois après la tornade, les remerciements débouchent sur une autre histoire : celle des maisons que l’on ne peut toujours pas habiter, des travaux que l’on hésite à engager et de l’argent qu’il faut avancer pour se loger ailleurs.
Laurence veut retrouver sa maison. Bernard attend de pouvoir mener ses réparations jusqu’au bout. Autour d’eux, les voisins racontent un quotidien suspendu. Les secours ont répondu à l’urgence. Pour les sinistrés rencontrés, retrouver une vie normale reste une épreuve. Premier épisode de notre série « Pomas, après la tornade ».
« Ils étaient là pour être humains et pour nous aider »
Dans les souvenirs des habitants, l’intervention des gendarmes ne se résume pas aux accès surveillés ni aux consignes de sécurité. Une phrase, recueillie au cours de la discussion, précise ce qu’ils ont retenu : « Ils ne faisaient pas que leur travail, ils n’étaient pas là pour faire leur job, ils étaient là pour être humains et pour nous aider. »
Ce soutien n’efface pas les difficultés des premières heures. Des habitants évoquent aussi l’impossibilité de revenir immédiatement dans le village ou d’entrer chez eux. Une personne rappelle les refus opposés aux retours, tout en les reliant aux ordres de sécurité donnés aux militaires. La reconnaissance exprimée ne transforme donc pas leur récit en une intervention sans contraintes : elle porte sur la façon dont les gendarmes les ont accompagnés dans cette situation.
Ils tiennent à le dire. Puis la conversation revient aux préoccupations qui occupent leurs journées : la prochaine réponse de l’expert, une fenêtre à commander, un chantier à organiser, une date de retour qui manque encore.
Les chantiers avancent, mais tout le monde ne peut pas rentrer
Lors de notre repérage du 29 septembre, les travaux sont bien visibles à Pomas. Des couvreurs interviennent, des échafaudages sont en place. Mais des toits restent bâchés. Certaines fenêtres sont brisées ou protégées par des panneaux ; ailleurs, les volets portent encore les traces des impacts. Le village n’est pas immobile. Toutes les maisons ne sont pourtant pas au même stade.
Les photographies prises après la tornade du 24 août et transmises par les habitants montrent des pièces ouvertes au ciel, des charpentes mises à nu et des rues couvertes de débris. Un mois plus tard, leur problème n’est plus seulement de décrire ce qui a été détruit. Il est de savoir ce qui peut être réparé maintenant, dans quelles conditions, et quand ils pourront de nouveau vivre chez eux.
Pour Laurence et Bernard, un retour encore à organiser
Lorsque nous demandons à Laurence ce dont elle a besoin, sa réponse ramène l’échange à l’essentiel : rentrer chez elle. Encore faut-il pouvoir préparer ce retour. « C’est déjà pouvoir planifier les choses parce que là tout est arrêté », explique-t-elle. Elle parle notamment des fenêtres : sans elles, sa maison ne peut pas redevenir un logement.
Au fil de la discussion, les habitants évoquent les choix de matériaux, les réponses attendues des assurances et les règles applicables aux travaux dans ce secteur du village, près du château endommagé. Laurence résume son hésitation avant de lancer une commande : « Moi, j’ose pas commander. » Ce qu’elle demande, c’est de savoir sur quelle base engager les travaux.

La situation de Bernard est différente. Il explique pouvoir accéder à sa maison et avoir trouvé les professionnels nécessaires. « J’ai tous les artisans, moi, c’est le feu vert », dit-il. Avoir des ouvriers disponibles ne suffit pas encore à lui donner la certitude de pouvoir avancer comme il le souhaite et retrouver son logement.
Dans le groupe, une demande revient : disposer de réponses écrites, compréhensibles, pour ne pas commencer une réparation qu’il faudrait ensuite reprendre.
En attendant, il faut aussi payer un logement ailleurs
L’attente a un coût. Une habitante, relogée hors de sa maison, explique avoir avancé son loyer et attendre encore, au 30 septembre, le remboursement annoncé par son assurance. Elle ne décrit pas seulement une démarche administrative supplémentaire : cet argent manque à son budget pendant que sa propre habitation reste inutilisable.
Avec une petite retraite, elle redoute surtout que le logement provisoire doive un jour être payé de sa poche alors que les réparations ne seraient pas terminées. Pour elle, derrière une date de chantier repoussée, il y a cette question : comment continuer à se loger ?
Les appréciations sur les assurances ne sont d’ailleurs pas toutes identiques. Certains habitants saluent la réaction de leur interlocuteur, tout en demandant une accélération. « Ils réagissent bien mais on voudrait que ça aille peut-être plus vite effectivement », entend-on dans l’échange. L’hiver qui approche donne à cette attente une urgence supplémentaire.
Un quartier que les habitants veulent retrouver
Quitter sa maison, c’est aussi perdre les rencontres ordinaires. Une habitante évoque le silence inhabituel de son quartier. Les absents lui manquent, avec leurs habitudes et cette présence que l’on remarquait à peine avant de ne plus l’avoir. Les dégâts ont dispersé une partie de la vie collective autant qu’ils ont abîmé les bâtiments.
Les voisins ont pourtant maintenu un repas de quartier. « On avait prévu un repas de quartier, on l’a fait quand même », raconte-t-on. Laurence nous a également transmis les photographies de cette fête des voisins maintenue malgré les circonstances. Se retrouver n’a pas réparé les toitures ni réglé les dossiers. Cela a permis de ne pas laisser la tornade interrompre tous les liens.
Au début de l’entretien, cette volonté était déjà formulée : « On veut se battre justement pour rester. » C’est aussi ce que racontent les remerciements adressés aux gendarmes : l’importance d’avoir été aidés lorsque tout a basculé. La suite, désormais, se mesure à une attente très concrète : pouvoir rentrer chez soi.
Prochain épisode : avancer un loyer, attendre un remboursement, craindre la fin du relogement — le coût de l’attente pour les sinistrés.
Reportage de Jérémy Armante, réalisé à Pomas les 29 et 30 septembre 2026. Les situations individuelles rapportées sont celles décrites lors de ces rencontres. Photo de couverture : image du 24 août transmise par Bernard Gelis.
Retrouvez notre série « Pomas, après la tornade ». Informations officielles : dossier de la préfecture de l’Aude consacré à la tornade.