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RCCI : comment la Gendarmerie recherche les causes et circonstances des incendies

Adjudant-chef Éric Dufayet, responsable des formations RCCI, devant un incendie de forêt

Une fois les flammes maîtrisées, une autre mission commence : comprendre où le feu est parti, comment il s’est propagé et, lorsque les éléments le permettent, déterminer s’il est d’origine accidentelle ou volontaire. Pour ce premier grand entretien vidéo du Pandore, Jérémy Armante reçoit l’adjudant-chef Éric Dufayet, responsable des formations RCCI en Nouvelle-Aquitaine, à la caserne Battesti de Mérignac.

Au fil de 51 minutes d’entretien, il revient sur la Recherche des causes et circonstances des incendies (RCCI), sur la méthode employée sur les zones sinistrées et sur l’expérience acquise lors de grands feux, notamment ceux qui ont frappé les Landes et la Gironde en 2022.

Entretien intégral avec l’adjudant-chef Éric Dufayet — Le Pandore et la Gendarmerie.

Quand le feu s’éteint, l’enquête commence

La RCCI n’est pas une simple observation des dégâts. Elle vise à reconstituer le départ du feu et ses circonstances à partir d’indices parfois extrêmement fragiles. La Gendarmerie nationale décrit ces cellules comme des structures pluridisciplinaires réunissant, selon les situations, des gendarmes spécialisés, des sapeurs-pompiers et des agents forestiers ou de l’Office national des forêts. Chacun apporte son expertise afin d’établir au plus près l’origine du sinistre.

Le travail commence par la lecture de la scène : sens de propagation, traces laissées sur la végétation, état des matériaux, effets de la chaleur, configuration du terrain, météo et cartographie. Contrairement à une idée intuitive, la zone la plus carbonisée n’est pas forcément le point de départ. Les enquêteurs doivent donc remonter le chemin du feu avec méthode, parfois jusqu’à une zone de quelques mètres carrés seulement.

Des indices physiques jusqu’au volet judiciaire

Dans ce dispositif, les gendarmes apportent leur savoir-faire d’enquête et d’identification criminelle. Ils participent à la préservation de la scène, à la recherche des indices et aux prélèvements utiles à la procédure. Les éléments recueillis peuvent ensuite être complétés par des analyses scientifiques, notamment lorsqu’une matière incendiaire ou un mécanisme d’allumage est suspecté.

Le rapport RCCI vient nourrir l’enquête judiciaire conduite sous l’autorité du parquet compétent. Il ne remplace pas les auditions, les réquisitions, l’exploitation de la téléphonie ou les autres actes d’enquête : il les complète. Une analyse technique peut contribuer à orienter vers une origine accidentelle, à faire apparaître une intervention humaine, mais aussi à écarter une fausse piste.

Une expertise devenue centrale face aux feux majeurs

Ces méthodes prennent une dimension particulière lors des grands incendies de forêt. En 2022, au plus fort des incendies de Gironde, des techniciens en identification criminelle formés à la RCCI avaient notamment été engagés pour effectuer les constatations et rechercher les causes des départs de feu. Depuis, la spécialité continue d’être mobilisée sur les sinistres majeurs, en lien avec les unités de recherches et, lorsque nécessaire, avec l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale.

La question dépasse d’ailleurs la seule recherche d’un éventuel auteur. Identifier précisément les causes permet aussi de mieux prévenir les incendies futurs : comportements à risque, activités humaines, infrastructures, conditions environnementales ou zones particulièrement exposées. Le retour d’expérience nourrit ensuite les actions de prévention et la sensibilisation du public.

Éric Dufayet : transmettre une méthode avant de transmettre un réflexe

Responsable des formations RCCI en Nouvelle-Aquitaine, l’adjudant-chef Éric Dufayet aborde dans cet entretien la réalité du terrain, la formation des personnels et la nécessité de conserver une méthode rigoureuse au milieu d’un environnement bouleversé par le feu. Car une scène d’incendie est par définition fragile : le sinistre détruit, les secours interviennent, la météo évolue et le temps joue contre les enquêteurs.

L’enjeu est donc de savoir observer sans conclure trop vite. Une petite étincelle peut suffire à déclencher un sinistre majeur ; encore faut-il ensuite être capable d’en retrouver la trace, de distinguer une cause d’une conséquence et de replacer chaque indice dans son contexte.

À voir également

Le Pandore a consacré plusieurs sujets à l’engagement des gendarmes face aux incendies. Retrouvez notamment notre reportage « Incendies en Gironde : le combat des gendarmes face aux flammes » ainsi que notre article sur la mobilisation de 510 gendarmes en Gironde et dans les Landes.

Pour approfondir le fonctionnement des cellules RCCI, la Gendarmerie nationale détaille également leur organisation et leur méthode dans un dossier consacré à la recherche des causes et circonstances des incendies, ainsi que dans ses retours récents sur les incendies de forêt.


Entretien : Jérémy Armante — Montage : So DMC — Production éditoriale : Le Pandore et la Gendarmerie / Presse Média Communication.

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