Le 10 octobre 1983, la première compagnie d’élèves gendarmes entièrement féminine rejoint l’école de gendarmerie de Montluçon. Quarante-trois ans plus tard, cette date reste l’un des grands jalons de la mixité dans la Gendarmerie nationale.
1983, l’ouverture des corps d’officiers et de sous-officiers
L’ouverture ne commence pas exactement le 10 octobre. Deux décrets publiés le 10 février 1983 autorisent d’abord la présence des femmes dans les corps des officiers et des sous-officiers de gendarmerie. Jusqu’alors, les possibilités offertes aux femmes dans l’institution étaient essentiellement cantonnées aux fonctions de soutien administratif.
Cette évolution s’inscrit dans un mouvement engagé l’année précédente par la Commission prospective sur la femme militaire. Le rapport remis au ministre de la Défense Charles Hernu le 1er juillet 1982 faisait de l’ouverture des corps d’officiers et de sous-officiers l’une de ses trente propositions.
Le 10 octobre, les pionnières arrivent à Montluçon
Le 10 octobre 1983, la première compagnie entièrement féminine d’élèves gendarmes entre à l’école de Montluçon. Isabelle Riquet, qui en faisait partie, a raconté à Gendinfo en 2023 qu’elles étaient 160 au départ et que 154 ont finalement intégré la gendarmerie. Elle décrit une promotion soudée, consciente d’ouvrir une voie nouvelle dans une institution qui restait alors très largement masculine.
Cette première promotion ne signifie pas pour autant une égalité immédiate d’accès à tous les emplois. En 1983, les recrutements féminins restent limités à 5 % des volumes annuels. Les affectations accessibles sont elles aussi encadrées : certaines unités et spécialités demeurent fermées, notamment dans la gendarmerie mobile.
À sa sortie d’école, Isabelle Riquet est affectée en brigade territoriale à Tours. Une autre élève de la promotion, Josiane Mary, rejoint pour sa part une brigade motorisée. Les premiers mois de service se déroulent dans un environnement où les règles d’emploi, les équipements et les habitudes professionnelles n’ont pas encore été pensés pour une véritable mixité.
Des restrictions levées progressivement
La transformation prendra plus de trente ans. Les quotas de recrutement sont progressivement relevés avant d’être supprimés en 1998. Les restrictions d’affectation sont également assouplies au fil des années. En 2016, l’ouverture de la gendarmerie mobile aux sous-officiers féminins marque l’accès à l’ensemble des postes de l’institution.
Cette évolution ne s’est pas faite seulement par les textes. Les pionnières ont aussi dû faire évoluer les pratiques quotidiennes : modalités de patrouille, conditions de cantonnement, équipements, tenues, accès au commandement et perception de leur capacité à intervenir sur le terrain.
Une carrière qui raconte l’évolution de l’institution
Le parcours d’Isabelle Riquet illustre cette transformation. Après Tours puis Loches, elle rejoint Montluçon comme cadre d’une compagnie d’élèves gendarmes, sert ensuite en brigade à Orléans, puis à l’état-major de la Région Centre, dans la formation et les ressources humaines. Elle prend en 2011 son premier commandement, celui de la communauté de brigades de Fougères, avant de poursuivre comme adjointe puis commandante en second à la compagnie de Saint-Brieuc.
Quarante ans après sa propre incorporation, elle témoignait encore en 2023 comme cheffe d’escadron de réserve et encadrait des cadets. Son récit permet de mesurer le chemin parcouru entre les premières promotions féminines et une gendarmerie où les femmes servent désormais dans toutes les grandes familles de métiers.
Une date repère pour la Gendarmerie
Le 10 octobre 1983 n’est donc pas le jour où toutes les barrières disparaissent. C’est le jour où une première compagnie féminine entre concrètement en formation à Montluçon, quelques mois après les décrets qui avaient rendu cette ouverture possible.
Le Pandore avait déjà consacré un dossier à la place des femmes dans la gendarmerie. Pour ce 43e anniversaire, le témoignage des pionnières rappelle surtout que la mixité s’est construite par étapes, dans les textes comme sur le terrain.
Sources : Gendinfo, témoignages d’Isabelle et d’Alexia ; Gendinfo, 40e anniversaire de l’entrée des femmes dans les corps de la gendarmerie.
