Le projet de budget 2027 augmente les crédits de la gendarmerie, mais laisse inachevé le déploiement des nouvelles brigades. Véhicules, casernes, réserve, hélicoptères : la promesse de proximité se joue aussi dans les moyens de faire fonctionner les unités. Le texte reste soumis au vote du Parlement.
Le 2 octobre 2023, à Tonneins, Emmanuel Macron associait la présence des gendarmes à la réassurance des habitants et à la dissuasion. Il présentait une carte de 238 nouvelles brigades et annonçait 3 500 postes supplémentaires. Trois ans plus tard, le budget permet de confronter cette parole à ce qui fait la présence d’une brigade : ses militaires, ses patrouilles et sa capacité à répondre, y compris lorsque les sollicitations s’accumulent.
Le retard des brigades ne serait pas rattrapé en 2027
La rupture remonte à 2025. Le rapport sénatorial sur le budget 2026 recensait 80 nouvelles brigades en place fin 2024, puis une interruption des ouvertures liée au gel des effectifs. Il annonçait 58 créations pour 2026 et prévenait qu’un rattrapage conséquent serait nécessaire l’année suivante. La dernière annuité de la loi d’orientation et de programmation du ministère de l’intérieur devait donc être décisive.
Le PAP 2027 prévoit 20 ouvertures, portant le total projeté à 158 nouvelles brigades fin 2027. Il en manquerait 81 sur la cible désormais fixée à 239.
Côté emplois, l’avis d’Anne-Laure Blin du 22 octobre projette 2 630 ETP supplémentaires sur 2023-2027, contre 3 540 attendus : un déficit de 910 à l’issue de la programmation.
Après les suppressions de postes, le choix du maillage
Cette promesse de reconquête intervient après une autre politique. Dans son avis sur le budget 2010, le Sénat détaillait 1 303 suppressions de postes prévues au titre de la RGPP et du non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux. Les crédits de personnel devaient pourtant augmenter de 1,2 %. Le budget montait déjà sans apporter davantage de gendarmes.
La difficulté actuelle dépasse toutefois le retour des recrutements. Dans son rapport publié le 5 février 2026, la Cour des comptes conteste la priorité donnée aux nouvelles implantations. Elle recommande de geler les projets à venir et de renforcer les brigades existantes. Son constat : les petites unités, les vacances de postes et les difficultés de fidélisation limitent la capacité à assurer simultanément l’accueil, les interventions, la présence nocturne et les enquêtes. Elle relève aussi que les choix d’affectation ont favorisé les unités nationales au détriment du réseau territorial, sans suivre suffisamment les évolutions démographiques.
Deux ambitions se heurtent donc : tenir la carte annoncée aux élus et aux habitants, ou concentrer les renforts là où les brigades peinent déjà à remplir leurs missions. La Cour privilégie la seconde. Le retard budgétaire ne tranche pas ce débat : une ouverture différée ne renforce pas, à elle seule, l’unité voisine.
Plus de crédits, mais un effort immobilier très concentré
Le programme 152 disposerait de 11,315 milliards d’euros de paiements, pensions comprises, soit +2,3 % par rapport à la loi de finances 2026.
| Dépenses | Autorisations d’engagement | Crédits de paiement |
|---|---|---|
| Personnel, pensions comprises | 9 323 | 9 323 |
| Fonctionnement | 2 144 | 1 630 |
| Investissement | 975 | 356 |
| Intervention | 10 | 6 |
| Total | 12 452 | 11 315 |
Le PAP détaille 550 millions d’engagements pour Cap Satory, avec un marché attendu fin 2027, et 340 millions pour les acquisitions, constructions et travaux. Les dépenses du propriétaire totaliseraient 267,5 millions de paiements ; les loyers de droit commun, 660 millions ; l’entretien du casernement, 99,7 millions.
Les rapporteurs du Sénat avaient identifié dès novembre 2025 une cible de 400 millions d’euros d’investissement immobilier annuel pour 2027, afin de réparer les effets du sous-investissement. Ils rappelaient aussi le rôle opérationnel du casernement : après le cyclone Chido, la protection des familles et la remise en état des emprises avaient permis aux autres gendarmes de reprendre leurs missions dès le lendemain. Entretenir les logements et les locaux de service participe directement à la disponibilité des unités.
Les engagements hors Satory resteraient donc 60 millions d’euros sous la cible. L’effort immobilier ne se répartit pas uniformément dans le réseau.
Le renouvellement des voitures attend, celui des hélicoptères se prépare
L’avis parlementaire décrit une année sans nouvelle acquisition de véhicules légers en 2027, après seulement 29 en 2026, pour un besoin annuel de renouvellement estimé à 3 750. L’âge moyen atteint 8,2 ans. Les livraisons de commandes antérieures atténuent le manque immédiat, sans reconstituer un rythme durable de remplacement.
Pour une unité territoriale, un véhicule immobilisé retire une possibilité de patrouille, d’intervention ou de déplacement judiciaire. Ouvrir des brigades tout en espaçant le renouvellement automobile reporte une partie de l’effort sur l’organisation quotidienne des services.
La commande de 23 hélicoptères supplémentaires doit, elle, être formalisée avant fin 2026, avec des effets attendus à partir de 2028 selon le même avis.
Le contrôle sénatorial publié le 30 juin 2026 explique l’urgence : les seize appareils déjà commandés ne suffisent pas à remplacer les 41 hélicoptères à retirer d’ici 2033. Il fixe à 53 appareils le parc minimal à préserver. L’appui aérien permet de couvrir des secteurs difficiles d’accès, de rechercher, de transporter et de secourir. Le développement des drones élargit les moyens disponibles, sans remplacer les missions de transport ou de treuillage.
La présence se mesure aussi en journées financées
La réserve conserverait 100 millions d’euros. D’après l’avis parlementaire, la gendarmerie préfère stabiliser ses effectifs en 2027 pour préserver les 22,3 jours d’activité moyens par réserviste. L’enjeu est de financer leur emploi.
Les résultats disponibles évitent de réduire la proximité au nombre de brigades. Le bilan annuel officiel de 2025 comptabilise 52,8 millions d’heures de présence sur la voie publique, en baisse de 3,6 % après l’effort exceptionnel des Jeux olympiques et paralympiques de 2024. Leur part dans l’activité totale reste toutefois supérieure à celle de 2023 : 43,82 % contre 41 %.
L’avis parlementaire rapporte une progression de 1,9 % des heures de présence au premier semestre 2026.
Ces gains doivent pouvoir durer. Pour les habitants comme pour les personnels, la promesse prend corps lorsqu’une patrouille peut partir, qu’un accueil reste assuré et qu’une enquête avance sans désorganiser le reste du service. Le budget 2027 prépare certains investissements nécessaires. Il laisse aussi des ouvertures en suspens et reporte le renouvellement d’un outil aussi élémentaire que la voiture de brigade. C’est sur cet équilibre, autant que sur le montant global des crédits, que se jouera la capacité à tenir le terrain.
