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Délinquance des mineurs : les gendarmes au cœur du nouveau dispositif qui remplace les centres éducatifs fermés

Depuis le 1er septembre 2026, 85 unités judiciaires à priorité éducative ont ouvert leurs portes partout en France. Elles remplacent, dans le secteur public, les centres éducatifs fermés et les unités éducatives d’hébergement collectif. Derrière cette profonde réforme de la justice des mineurs, une autre réalité apparaît : police et gendarmerie sont directement intégrées au nouveau dispositif, notamment pour prévenir les fugues, gérer les incidents et protéger les jeunes contre l’emprise des réseaux criminels.

La justice des mineurs vient de changer de modèle.

Depuis le 1er septembre 2026, la Protection judiciaire de la jeunesse a transformé 85 structures du secteur public en unités judiciaires à priorité éducative, les UJPE.

Ces nouvelles unités réunissent deux dispositifs jusqu’alors distincts : les centres éducatifs fermés et les unités éducatives d’hébergement collectif. Le mouvement doit ensuite être progressivement étendu aux centres éducatifs fermés gérés par le secteur associatif habilité. À terme, le ministère de la Justice prévoit 123 UJPE d’ici 2028.

La réforme dépasse pourtant très largement un simple changement de nom.

Elle modifie la manière dont la Justice entend prendre en charge certains mineurs et jeunes majeurs confrontés à la délinquance, avec une ambition clairement affichée : maintenir un cadre judiciaire suffisamment contraignant lorsque cela est nécessaire, tout en renforçant le travail éducatif, la santé et l’insertion.

Et dans cette nouvelle organisation, les forces de sécurité intérieure ont une place bien identifiée.

De 13 à 21 ans, avec des situations judiciaires très différentes

Les UJPE peuvent accueillir des mineurs à partir de 13 ans ainsi que de jeunes majeurs jusqu’à 21 ans.

Tous ne relèvent pas du même niveau de contrainte.

Certains jeunes pourront notamment être soumis à un couvre-feu. D’autres feront l’objet d’un cadre beaucoup plus strict, par exemple dans le cadre d’un contrôle judiciaire renforcé, avec des possibilités de sortie limitées aux conditions fixées par l’autorité judiciaire.

Il faut ici éviter un raccourci : l’accueil en UJPE ne concerne pas uniquement des jeunes déjà condamnés.

Les textes préparatoires à la réforme prévoient également des placements avant jugement, notamment dans le cadre d’une mesure éducative judiciaire provisoire, d’un contrôle judiciaire ou d’une assignation à résidence sous surveillance électronique.

Lorsque les conditions judiciaires le permettent, le placement peut ainsi constituer une alternative à l’incarcération.

Une réforme pensée pour éviter que le jeune ne replonge

Le ministère veut désormais faire du placement un véritable parcours.

Chaque jeune doit disposer d’un emploi du temps individualisé, construit après une évaluation de sa situation, de ses besoins et de ses compétences.

Chaque UJPE doit également disposer d’un professeur technique à temps plein afin de travailler sur la formation, la scolarité et l’insertion professionnelle.

La santé constitue le deuxième pilier du dispositif. Un infirmier à temps plein doit permettre d’identifier les difficultés physiques, psychiques ou addictives et faciliter l’accès aux soins.

Les chiffres avancés par la Protection judiciaire de la jeunesse donnent une idée de la difficulté du public concerné : 56 % des jeunes suivis par la PJJ âgés de 16 à 17 ans sont déscolarisés et 24 % déclarent un problème de santé ou une maladie chronique.

Derrière le placement judiciaire, l’objectif est donc aussi d’empêcher l’installation durable dans la délinquance.

Fugue, incident, narcotrafic : les forces de l’ordre directement concernées

C’est probablement sur ce point que la réforme intéresse le plus directement les gendarmes.

Le ministère prévoit que les nouvelles unités s’appuient sur un partenariat renforcé avec les forces de sécurité intérieure.

Des protocoles stricts doivent notamment être mis en place pour prévenir et gérer les fugues.

Mais l’enjeu va plus loin.

Le ministère évoque explicitement la nécessité de protéger les mineurs et les équipes éducatives contre des phénomènes de prédation, notamment ceux liés au narcotrafic ou au proxénétisme.

Une circulaire préparatoire à la création des UJPE prévoit également la généralisation de protocoles de gestion des incidents signés avec les parquets et les forces de sécurité intérieure.

Elle demande une réaction immédiate face aux transgressions et cite notamment les infractions à la législation sur les stupéfiants.

Dans les secteurs relevant de la gendarmerie nationale, les militaires territorialement compétents peuvent donc se retrouver directement associés à cette nouvelle organisation.

La question n’est pas seulement de rechercher un jeune après une fugue.

Elle concerne plus largement la sécurité des établissements, la gestion des incidents, les relations avec le parquet et la protection de jeunes susceptibles de rester sous l’influence de réseaux criminels malgré leur placement.

Le narcotrafic désormais pris en compte dans l’accompagnement

C’est également l’une des évolutions révélatrices de cette réforme.

Selon les besoins identifiés sur chaque territoire, certaines UJPE pourront développer des prises en charge spécialisées concernant la santé mentale, l’aménagement de peine mais aussi la lutte contre le narcotrafic.

La Protection judiciaire de la jeunesse reconnaît ainsi directement l’évolution des profils auxquels ses services sont confrontés.

Une circulaire du ministère évoque d’ailleurs « l’implication croissante » de jeunes suivis dans les réseaux de criminalité organisée, le narcotrafic et l’exploitation sexuelle.

Le placement n’a donc plus seulement vocation à éloigner momentanément un jeune de son environnement.

Il doit aussi tenter d’empêcher les réseaux de continuer à exercer leur emprise sur lui.

Où se trouvent les 85 nouvelles UJPE ?

Le ministère de la Justice a publié une carte permettant de visualiser les implantations des unités judiciaires à priorité éducative ouvertes sur le territoire.

Consulter la carte officielle des UJPE publiée par le ministère de la Justice

La carte accompagne le dispositif présenté par le ministère lors de son entrée en vigueur le 1er septembre.

Cette répartition territoriale sera particulièrement importante pour les forces de l’ordre : le fonctionnement concret des partenariats dépendra nécessairement des unités de police ou de gendarmerie compétentes autour de chaque établissement.

Les centres éducatifs fermés ont-ils réellement disparu ?

Pas complètement.

Depuis le 1er septembre, les centres éducatifs fermés et unités éducatives d’hébergement collectif relevant du secteur public sont devenus des UJPE.

Pour le secteur associatif habilité, la transformation doit être progressive. Le ministère a fixé une échéance de requalification au plus tard à la fin de l’année 2027, dans la perspective du déploiement complet du nouveau modèle.

La réforme constitue donc une transition nationale et non la disparition instantanée de l’ensemble des CEF au 1er septembre.

Le véritable test commencera maintenant

La philosophie affichée par le ministère est claire : passer d’une logique centrée sur la structure à une logique centrée sur le parcours du jeune.

Un cadre ferme lorsque la situation l’exige, mais davantage de travail sur l’éducation, la santé, la scolarité et l’insertion.

Reste désormais la question essentielle : ce nouveau modèle permettra-t-il réellement de réduire les fugues, les nouvelles infractions et la récidive ?

Le ministère a déjà fixé l’échéance.

L’efficacité des UJPE en matière de prévention de la récidive, de stabilisation des parcours et d’insertion doit être évaluée en 2029.

Pour les gendarmes et policiers qui interviennent quotidiennement auprès de certains de ces mineurs, la réponse sera particulièrement scrutée.

Car derrière les nouvelles appellations administratives demeure la même question de terrain : parvenir à interrompre durablement un parcours délinquant avant qu’il ne s’installe définitivement.

Sources : ministère de la Justice, Protection judiciaire de la jeunesse ; circulaires relatives à la création des UJPE et à la justice des mineurs.

Article Jérémy ARMANTE – Image d’illustration assistée par ordinateur.

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