Le 7 octobre 2026, Laurent Nuñez a annoncé la suspension de l’usage des grenades assourdissantes dans le cadre du mouvement lycéen, le temps que les circonstances de la grave blessure d’un adolescent à Lens soient établies. Cette décision ne constitue ni une interdiction générale de l’arme, ni un retrait de l’ensemble des moyens intermédiaires utilisés par les forces de l’ordre. La mesure relance le débat sur le maintien de l’ordre lors de rassemblements impliquant des mineurs.
Le ministre de l’Intérieur l’a d’abord annoncé sur RTL, avant de défendre sa décision et l’action des policiers et des gendarmes devant la commission des lois de l’Assemblée nationale.
La suspension vise le mouvement lycéen et doit rester en vigueur tant que la lumière n’aura pas été faite sur l’affaire de Lens, où, le 5 octobre, un adolescent de 15 ans a dû être amputé d’une main. Les premières informations publiques ne désignaient pas toutes le même modèle : Public Sénat rapportait une suspension conservatoire de la grenade ASSD, tandis que RTL évoquait une GM2L sur la foi de sources policières et sécuritaires.
Le 9 octobre, Le Monde, après vérification de plusieurs vidéos et le recueil d’un témoignage, a identifié l’engin comme une grenade EF-SON. Cette évolution actualise les premières informations sans clore l’enquête sur les circonstances et les responsabilités.
Le 9 octobre, le parquet de Béthune a indiqué que, selon les premiers éléments de l’enquête, le tir avait respecté le mode opératoire prévu. Selon Le Monde, une enquête a été confiée à l’IGPN afin d’établir les circonstances du tir. La mère de l’adolescent a déposé plainte. Le lendemain, son avocate a contesté la version présentée par le parquet : elle affirme que le jeune homme n’a pas ramassé la grenade et n’a participé à aucune violence. L’enquête se poursuit.
Une suspension ciblée, pas un désarmement général
Laurent Nuñez a insisté sur la portée limitée de sa décision. « Je suspends leur usage pour le mouvement des lycéens », a-t-il déclaré. Devant les députés, il a précisé qu’il ne retirait pas tout l’armement intermédiaire, mais un type d’arme associé à une atteinte physique majeure. Les autres moyens restent donc disponibles dans le cadre défini par la doctrine d’emploi et sous le contrôle de la hiérarchie.
Lors de son audition du 7 octobre, le ministre a fait état de 6 629 interpellations depuis le début du mouvement, ainsi que de 761 policiers ou gendarmes, 215 élèves et 89 personnels enseignants blessés. Selon lui, ces mobilisations ont rapidement basculé dans des violences graves, avec des groupes venus affronter les forces de l’ordre plutôt que participer aux revendications lycéennes. Le même jour, Laurent Nuñez indiquait que 18 enquêtes de l’IGPN étaient ouvertes. Le 10 octobre, Reuters rapportait que 24 affaires liées au maintien de l’ordre pendant ce mouvement étaient examinées par l’IGPN ; l’agence disait avoir documenté 28 cas de blessures imputées à l’action policière, dont 15 figuraient parmi ces affaires.
Laurent Nuñez a aussi corrigé une formule prononcée quelques jours plus tôt sur une intervention « sans retenue ». Il affirme avoir voulu dire que l’État ne renoncerait pas au principe d’intervenir lorsque l’ordre public est menacé, tout en maintenant l’obligation de proportionnalité dans l’action des forces.
À gauche, la suspension est jugée trop tardive et trop limitée
Les opposants au ministre voient dans cette suspension la reconnaissance d’un dysfonctionnement. Le sénateur communiste Ian Brossat parle d’« une forme d’aveu » et réclame la démission de Laurent Nuñez. Il établit un lien politique entre les déclarations du ministre sur la fermeté du maintien de l’ordre et les blessures graves survenues pendant les mobilisations.
Manuel Bompard, coordinateur national de La France insoumise, demande pour sa part d’aller beaucoup plus loin et de bannir les armes qu’il qualifie d’armes de guerre dans les manifestations. Du côté socialiste, Boris Vallaud a annoncé une proposition de loi visant à empêcher l’usage d’armes susceptibles de mutiler ou de pratiques jugées brutales lorsque des mineurs participent aux rassemblements.
Le sénateur socialiste Patrick Kanner ne demande pas directement la démission du ministre, mais estime que ce dernier doit tirer les conséquences de sa responsabilité politique. L’écologiste Guy Benarroche défend une remise à plat plus large de la doctrine et considère que les armes intermédiaires ne devraient pas être écartées uniquement pour les mouvements lycéens. Il insiste sur la préparation en amont des manifestations et sur le renseignement destiné à limiter l’infiltration de groupes violents.
Des élus défendent les moyens permettant de tenir les assaillants à distance
À l’inverse, plusieurs responsables mettent en garde contre une interdiction générale qui exposerait davantage les policiers et les gendarmes. Le sénateur centriste Olivier Bitz, co-rapporteur d’une mission d’information sur le maintien de l’ordre, considère la suspension comme un signe d’apaisement bienvenu, mais refuse que les forces soient privées des moyens nécessaires face aux auteurs de violences extrêmes.
Son argument est opérationnel : les armes intermédiaires servent à maintenir les assaillants à distance et à éviter le contact direct. Leur retrait peut obliger les unités à se rapprocher des groupes violents, avec un risque accru de blessures pour les forces de l’ordre comme pour les manifestants. Selon lui, le débat doit porter sur la doctrine d’emploi et l’encadrement de ces moyens, plutôt que sur leur interdiction générale.
Laurent Nuñez reprend cette ligne. Il juge ces moyens « absolument indispensables » lorsque policiers et gendarmes font face à une violence extrême, précisément parce qu’ils permettent de graduer la réponse. La suspension des grenades ASSD ne signifie donc pas que le ministère abandonne les armes intermédiaires dans le maintien de l’ordre.
Une doctrine désormais sous surveillance
La suite dépendra de plusieurs éléments : les conclusions de l’enquête sur la blessure de Lens, le rapport sénatorial attendu sur le maintien de l’ordre, et les éventuelles propositions de loi déposées par les groupes d’opposition. La question centrale sera de savoir si la suspension reste limitée au mouvement lycéen ou débouche sur une évolution durable des conditions d’emploi de ces grenades.
Pour les policiers et les gendarmes engagés sur le terrain, le débat touche directement à leur sécurité et à leur capacité à maintenir une distance face aux groupes les plus violents. Pour les opposants, la multiplication des blessures graves montre au contraire que la doctrine actuelle doit être profondément révisée. Laurent Nuñez se retrouve désormais entre ces deux exigences : apaiser les mobilisations impliquant des mineurs sans donner le sentiment de désarmer les forces de l’ordre.
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Image à la une : visuel éditorial Le Pandore et la Gendarmerie, créé par intelligence artificielle à partir d’une composition éditoriale validée. Illustration non documentaire.
Sources : commission des lois de l’Assemblée nationale, Public Sénat, Public Sénat — télégramme et enquêtes IGPN, RTL, La Dépêche du Midi, 9 octobre et Le Parisien avec AFP, 10 octobre, Le Monde, 9 octobre et Reuters, 10 octobre.
