Avant même son audition sur le PLF 2027 de la mission Défense, le Conseil supérieur de la fonction militaire a déjà formulé une alerte précise : une partie des revalorisations accordées aux militaires du rang et aux jeunes sous-officiers des armées a été rattrapée par l’inflation et la hausse du Smic. Le constat figure dans une audition officielle du CSFM devant la commission de la Défense, le 26 novembre 2025. Il donne l’un des principaux angles de contrôle du budget présenté cette année.
Le CSFM doit revenir devant les députés mercredi 14 octobre 2026 à 17 h 30. Il ne s’agira donc pas de découvrir le problème, mais de vérifier si le PLF 2027 lui apporte enfin une réponse chiffrée et durable.
Des mesures de 2023 jugées déjà dépassées
Lors de l’audition du 26 novembre 2025, les représentants avaient reconnu les mesures intervenues en décembre 2024 pour les sous-officiers supérieurs et la réforme des grilles des officiers annoncée pour le 15 décembre 2025. Ils avaient, en revanche, estimé que les mesures appliquées en 2023 aux militaires du rang et aux sous-officiers subalternes n’avaient pas produit les effets attendus.
La raison avancée est simple : lorsque le Smic progresse et que les prix augmentent plus vite que certaines grilles, les premiers niveaux de rémunération se rapprochent les uns des autres. Les écarts liés à l’ancienneté, au grade et aux responsabilités deviennent moins visibles. Le CSFM demande donc une réforme de fond destinée à « détasser » les grilles et à restaurer une progression indiciaire réelle tout au long de la carrière.
Cette question concerne directement la fidélisation. Un militaire peut accepter des contraintes fortes au début de son engagement s’il voit une perspective de progression. Lorsque les gains entre deux étapes de carrière deviennent trop faibles, l’institution perd un argument pour conserver ses personnels les plus expérimentés.
La NPRM sous le feu des critiques
Le CSFM a également décrit les limites de la nouvelle politique de rémunération des militaires, la NPRM. Cette réforme a réorganisé plusieurs primes pour mieux prendre en compte les responsabilités, les compétences, la mobilité ou certaines sujétions.
Mais plusieurs de ces primes sont forfaitaires. Lorsqu’elles ne sont pas indexées, leur valeur réelle baisse avec l’inflation. Les représentants ont aussi signalé une fiscalisation accrue pouvant entraîner une perte de pouvoir d’achat et, dans certaines situations, une diminution des aides sociales calculées à partir du revenu déclaré.
Le sujet ne peut donc pas être traité uniquement par le montant brut inscrit sur une fiche de solde. Il faut regarder ce qui reste réellement au militaire, l’évolution de ses droits sociaux et la manière dont la rémunération progresse pendant la carrière.
Les primes toujours peu prises en compte dans la pension
Le troisième point de désaccord porte sur la retraite. Le projet de système universel avait ouvert la perspective d’une meilleure intégration des primes dans le calcul des pensions. Son abandon a laissé les militaires avec un système dans lequel une part importante de la rémunération indemnitaire ne produit pas les mêmes droits que le traitement indiciaire.
Lors de son audition du 26 novembre 2025, le CSFM avait rappelé l’engagement annoncé en mars 2024 d’intégrer une partie des primes dans les pensions dès 2026. Depuis, le dossier ministériel du PLF 2027 présente un « complément prime-pensions » : il prévoit l’ouverture de droits au 1er décembre 2027, avec 5 millions d’euros en 2027 et 60 millions en année pleine, sous condition d’une durée minimale de service. Il s’agit d’une mesure proposée dans le projet budgétaire, et non d’un droit déjà entré en vigueur.
Le projet de réforme de la majoration de pension pour enfants prévu par le PLFSS 2027 donne aujourd’hui une nouvelle dimension à ce dossier. Les représentants devront dire si les différentes mesures adoptées ou proposées sur les soldes et les retraites forment une politique cohérente ou si elles risquent de se neutraliser.
Ce que le PLF 2027 doit préciser
Le projet de budget prévoit 2 150 équivalents temps plein supplémentaires en 2027. Ce total concerne les effectifs civils et militaires d’active, dont 60 emplois au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives ; il ne correspond donc pas à 2 150 recrutements de militaires déjà réalisés. Le dossier ne précise pas encore le calendrier d’une réforme des grilles des militaires du rang et des sous-officiers subalternes.
Les députés devront donc demander au CSFM quelles catégories sont aujourd’hui les plus exposées au tassement des rémunérations, quel niveau de revalorisation serait nécessaire, quelles primes devraient évoluer et si le complément prime-pensions proposé pour décembre 2027 répond aux attentes de la communauté militaire.
Pour les militaires des armées et des services, la question est très concrète : un budget en hausse peut-il être présenté comme un progrès si les premières grilles restent comprimées, si les primes perdent de leur valeur et si elles continuent de compter faiblement pour la retraite ?
Sources : audition du CSFM du 26 novembre 2025 ; audition du CSFM du 15 avril 2026 ; dossier ministériel du PLF 2027 ; projet annuel de performances Défense 2027 ; audition de Fabien Mandon du 8 octobre 2026.
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