Paul Barril, titulaire du brevet n° 2 du GIGN, est mort mardi 20 octobre 2026 au soir, à 80 ans. Le décès de l’ancien capitaine a été confirmé auprès du Groupe, rapporte Le Monde. Adjoint de Christian Prouteau puis chef par intérim, il avait participé à plusieurs missions marquantes de la première décennie de l’unité.
Aux côtés de Christian Prouteau
Fils et petit-fils de gendarmes, Paul Barril rejoint le GIGN en 1976 et devient le second de Christian Prouteau. En 1981, celui-ci le présente au Monde comme « mon second moi-même ».
Dans un texte de souvenirs daté de 1990, Prouteau raconte avoir dû départager deux candidats pour le seconder : Alain Le Caro et Paul Barril. Tous deux avaient réussi les épreuves. Il choisit Barril, qui devient opérationnel après plusieurs mois de préparation.
Barril prend notamment en charge l’entraînement aux sports de combat. Il engage les équipiers dans une formation au full-contact, raconte encore Prouteau.
De Clairvaux à La Mecque
En juin 1977, il neutralise sans violence trois évadés de Clairvaux. En janvier 1978, à Tarbes, il maîtrise un homme muni d’explosifs dans la salle des ordinateurs de l’arsenal. Ces deux interventions sont rapportées par Le Monde dans un portrait publié en octobre 1981.
En 1979, il fait partie de la mission française envoyée en Arabie saoudite après la prise de la Grande Mosquée de La Mecque. L’accès au sanctuaire étant interdit aux non-musulmans, les trois gendarmes préparent l’intervention sur plans et forment les gardes saoudiens qui doivent l’exécuter, détaille le récit officiel du GIGN.
En janvier 1980, Barril est à Ajaccio aux côtés de Prouteau lors de la crise de l’hôtel Fesch. Les nationalistes retranchés dans l’établissement finissent par se rendre. Une archive du Monde attribue aux deux officiers cette reddition, obtenue sans effusion de sang dans l’hôtel.
Commander le Groupe, préparer la relève
En juillet 1982, Barril assure l’intérim à la tête du GIGN, tandis que Prouteau prend des fonctions auprès de la présidence de la République. Il participe aussi au recrutement de ceux qui poursuivront l’histoire de l’unité. Jean-Pierre Picon rejoint ainsi le Groupe en 1982 à son appel, comme l’a rappelé L’Essor dans le portrait consacré à cet ancien officier.
Un autre lien entre générations passe par Éric Gérard, futur commandant du GIGN. Selon GIGN Historique, la lecture de Missions très spéciales, le livre de Barril, avait marqué son choix de la gendarmerie. Plus tard, Gérard reçoit des mains de l’ancien capitaine son propre brevet, le n° 134.
Les affaires de l’Élysée et le dossier rwandais
Cette carrière est aussi marquée par de graves affaires. En août 1982, Barril dirige l’opération contre trois Irlandais à Vincennes, où des armes et des explosifs sont déposés pour justifier leur arrestation. La procédure visant l’officier est annulée pour vice de procédure en 2002, décision confirmée en cassation en 2003.
Passé par la cellule antiterroriste de l’Élysée, il est condamné en 2005 à six mois de prison avec sursis dans l’affaire des écoutes, pour recel de documents portant atteinte à la vie privée. Cette condamnation est confirmée en appel puis en cassation.
Reconverti dans la sécurité privée, il est ensuite visé par une plainte déposée en 2013 par Survie, la LDH et la FIDH pour complicité de génocide et crimes contre l’humanité au Rwanda. Les associations lui reprochent notamment un contrat d’assistance au gouvernement intérimaire rwandais pendant le génocide des Tutsi de 1994. Barril contestait ces accusations. Il avait été placé sous le statut de témoin assisté en 2020.
