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École de la magistrature : le rapport qui propose de former les futurs magistrats au contact des justiciables

Façade de l’École nationale de la magistrature à Bordeaux, photographiée le 28 octobre 2024.

Tylwyth Eldar / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. L’École nationale de la magistrature à Bordeaux, le 28 octobre 2024. Photographie recadrée et redimensionnée ; dérivé sous la même licence.

Un futur magistrat devrait-il consacrer une partie de sa formation à aider des personnes qui s’adressent à la justice ? C’est l’une des pistes du rapport sur l’École nationale de la magistrature (ENM) publié mardi 3 novembre 2026. Elle donne un sens concret à son titre, « Une nouvelle École nationale de la magistrature. Matrice du lien Justice-Nation » : le rapport propose de rendre obligatoires, à plusieurs reprises pendant la formation initiale, des journées d’aide au justiciable pour les élèves de l’ENM. Avant même d’avoir à rendre une décision ou à prendre des réquisitions, l’élève pourrait ainsi voir ce qu’un justiciable comprend de la procédure, et ce qui lui échappe.

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, avait confié cette mission au conseiller d’État Charles Touboul Moracchini. Dans sa présentation du rapport, le ministère indique que plus de 800 questionnaires ont été remplis par des auditeurs de justice et que près de 300 personnes ont été entendues ou consultées. Avec l’appui de l’inspection générale de la justice, la mission a recueilli la parole d’élèves, de personnels et de syndicats de l’école, mais aussi de professionnels extérieurs à l’ENM. Ses 30 propositions portent aussi bien sur les concours que sur les enseignements et la direction de l’établissement.

Ce qui se joue avant les épreuves

Pour diversifier le recrutement, l’auteur propose d’agir avant le dépôt d’un dossier de candidature. D’après la liste des recommandations publiée par Le Monde du droit, l’école irait davantage à la rencontre de publics qui n’envisagent pas la magistrature. Un label ENM permettrait par ailleurs aux candidats de repérer les préparations publiques. La mission recommande de faire évaluer cette politique de diversification par un regard extérieur à l’école.

Pour qui a déjà exercé un autre métier, l’obstacle peut se présenter à un stade différent : celui où l’on décide si son expérience professionnelle lui permet de concourir. Selon Actu-Juridique, le rapport préconise d’assouplir ce critère pour le troisième concours et le concours professionnel, tout en renforçant la sélection lors des épreuves. La distinction importe : un parcours moins conventionnel donnerait plus facilement le droit de se présenter, pas celui d’être admis.

Regarder aussi de l’autre côté de l’audience

Les journées d’aide aux justiciables s’inscrivent dans une proposition plus large : prendre en compte les attentes des usagers dans la conception de chaque enseignement et de chaque stage. La communication judiciaire aurait aussi davantage de place dans la formation obligatoire. Expliquer pourquoi une décision a été rendue et prendre la parole publiquement au nom de la justice sont deux exercices distincts ; le rapport invite à préparer les élèves à l’un comme aux enjeux de l’autre.

La formation envisagée ferait également plus de place aux réalités économiques, sociales et environnementales, ainsi qu’aux questions soulevées par l’intelligence artificielle, la circulation de l’information et les risques numériques. L’ouverture passerait aussi par des contacts avec les acteurs locaux et par des enseignements ou des stages croisés avec l’Institut national du service public. Pour les élèves, il s’agirait de mieux connaître les institutions et les milieux professionnels qu’ils rencontreront une fois en poste.

Après le premier poste, apprendre à encadrer

La mission ne s’arrête pas à la sortie de l’école. Elle propose des parcours thématiques et une formation continue organisée davantage au plus près des lieux d’exercice. Pour les magistrats appelés à encadrer leurs pairs, elle préconise un institut du management judiciaire. C’est un besoin distinct de l’apprentissage du droit : conduire une audience et organiser le travail d’une équipe ne mobilisent pas les mêmes compétences.

À ce stade, le ministère présente le rapport comme la base de la réforme envisagée. Pour un candidat au prochain concours comme pour un élève déjà en formation, sa publication ne change donc, à elle seule, ni les conditions d’inscription ni le contenu des stages.

Sources : Ministère de la Justice, rapport de préfiguration publié le 3 novembre 2026 : https://www.justice.gouv.fr/documentation/ressources/rapport-prefiguration-nouvelle-ecole-nationale-magistrature-matrice-du-lien-justice ; rapport PDF : https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2026-11/rapport_enm.pdf ; Le Monde du droit : https://www.lemondedudroit.fr/institutions/106491-rapport-touboul-formule-30-propositions-pour-reformer-lenm.html ; Actu-Juridique : https://www.actu-juridique.fr/professions/magistrats/flash-le-rapport-sur-la-reforme-de-lenm-preconise-dassouplir-lacces-au-3e-concours/




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