Le Pandore et la Gendarmerie

Secours en montagne : vers une facturation des interventions ?

Saisie par la commission des finances du Sénat, la Cour des comptes a publié le 11 février 2026 un rapport d’évaluation sur l’organisation des secours en montagne. Si le dispositif opérationnel n’est pas remis en cause dans son efficacité, l’institution financière place au centre de son analyse la question du coût global et de l’usage des moyens aériens.

Le secours en montagne mobilise des unités hautement spécialisées, notamment les pelotons de gendarmerie de haute montagne, les CRS montagne et les services départementaux d’incendie et de secours. Ces interventions reposent sur des formations spécifiques, des équipements techniques exigeants et un recours fréquent aux hélicoptères, dont l’engagement représente un poste financier majeur. La Cour recommande une meilleure évaluation du coût complet du dispositif, une clarification des conditions de déclenchement des moyens aériens et une optimisation des implantations territoriales afin d’éviter les redondances ou les concurrences historiques entre services.

L’un des points les plus sensibles du rapport tient à l’évolution possible du cadre réglementaire. La Cour évoque la perspective, le cas échéant, d’une facturation de certaines interventions ou d’une sanction plus effective des comportements à risque et des recours abusifs aux services de secours. Aujourd’hui, le principe demeure celui de la solidarité nationale. Mais dans un contexte de tension budgétaire et d’augmentation régulière des interventions, la question de la responsabilisation des usagers est désormais clairement posée dans le débat public.

En 2012, la Cour avait souligné une concurrence entre services

Au-delà de l’aspect financier, le rapport revient sur l’organisation du dispositif encadré par la circulaire du 6 juin 2011, dite « circulaire Kihl », toujours en vigueur. Déjà en 2012, la Cour avait souligné une concurrence entre services et un manque de cohérence dans l’implantation des unités spécialisées. Quatorze ans plus tard, elle constate que si les secours fonctionnent sur le plan opérationnel, leur organisation pourrait être rationalisée. Elle recommande de fiabiliser et d’harmoniser les données relatives aux accidents de montagne, de renforcer la prévention et de mieux mesurer l’efficacité des interventions, avec un horizon de mise en œuvre fixé entre 2027 et 2028.

Pour les unités de gendarmerie de haute montagne, l’enjeu est stratégique. Il ne s’agit pas de remettre en cause la capacité d’intervention ni l’expertise reconnue des équipes, mais d’inscrire leur action dans un cadre budgétaire et organisationnel appelé à évoluer. Le Sénat, à l’origine de la saisine, dispose désormais d’une base d’analyse complète pour nourrir d’éventuelles évolutions législatives ou budgétaires.

La Cour des comptes ne décide pas. Elle alerte, évalue et recommande. Mais en mettant en lumière la question du financement et de l’usage des hélicoptères, elle ouvre un débat qui dépasse le seul cadre technique des secours pour toucher aux équilibres entre solidarité nationale, gestion des deniers publics et responsabilisation individuelle.

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