Au milieu des chiffres du projet de loi de finances pour 2027, une question plus humaine et plus politique a brusquement changé la tonalité de l’audition. Le député LFI-NFP Arnaud Saint-Martin a interpellé le général d’armée Hubert Bonneau sur l’existence d’un malaise dans la Gendarmerie, en reliant cette interrogation à la fidélisation, aux conditions de service et à la formation déontologique.
L’échange s’est déroulé le 7 octobre devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale. Le directeur général de la Gendarmerie nationale y présentait les moyens prévus pour 2027, mais l’intervention du député de Seine-et-Marne a déplacé le débat : derrière les créations de postes, les véhicules, les hélicoptères, les réservistes ou l’immobilier, comment vont réellement les femmes et les hommes de l’Institution ?
Une interpellation politique au cœur d’une audition budgétaire
L’audition était consacrée au programme 152 « Gendarmerie nationale ». Pour 2027, les crédits annoncés atteignent 12,45 milliards d’euros en autorisations d’engagement et 11,31 milliards d’euros en crédits de paiement. La commission voulait notamment examiner la trajectoire des effectifs, les nouvelles brigades, la réserve opérationnelle, les casernes et le renouvellement des équipements.
Vers la 59e minute de la séance, Arnaud Saint-Martin a introduit un autre niveau de lecture. Son intervention a regroupé plusieurs sujets qui, pris séparément, peuvent sembler relever des ressources humaines ou de la formation, mais qui composent ensemble une question institutionnelle : départs précoces, fatigue professionnelle, reconnaissance, conditions de vie et manière dont la Gendarmerie prépare ses personnels aux exigences déontologiques du métier.
La fidélisation, fragilité déjà reconnue par Hubert Bonneau
Le directeur général n’a pas décrit une Gendarmerie incapable d’attirer. Plus de 20 000 inscriptions ont été enregistrées pour le dernier concours de sous-officier, ouvert pour 2 300 postes. En revanche, Hubert Bonneau a lui-même identifié la fidélisation comme le véritable point de tension.
Le sujet ne se résume donc pas au nombre de candidats. Il concerne la durée des carrières, l’expérience perdue lorsque des militaires quittent l’Institution, la difficulté de remplacer des personnels déjà formés et la capacité des unités à conserver leurs savoir-faire. Le Pandore a déjà détaillé ce paradoxe : la Gendarmerie recrute encore, mais doit désormais réussir à garder ses militaires.
Le mot « malaise » oblige à regarder au-delà des effectifs
La question posée par Arnaud Saint-Martin prend une portée particulière parce que les causes évoquées dépassent la seule gestion des concours. Hubert Bonneau a relié les départs à la dureté du métier, aux mobilités, à l’emploi des conjoints, aux contraintes familiales et à la qualité du logement.
L’état des casernes pèse directement sur cette équation. Au cours de la même audition, le DGGN a indiqué que 70 % du parc immobilier domanial suivi par la direction des soutiens et des finances était considéré comme vétuste ou très vétuste. Une hausse budgétaire ne produit donc pas automatiquement une amélioration immédiate du quotidien. Entre l’annonce d’un crédit et sa traduction dans une brigade, un logement ou un équipement, le décalage peut être long.
La formation déontologique entre aussi dans le débat
Le député LFI a également placé la formation déontologique parmi les sujets soumis au directeur général. Cette dimension ne doit pas être confondue avec un procès général fait aux gendarmes. Elle pose une question classique du contrôle parlementaire : comment une force armée de sécurité intérieure forme-t-elle, accompagne-t-elle et contrôle-t-elle ses personnels lorsqu’ils exercent des prérogatives particulièrement sensibles ?
Pour la Gendarmerie, l’enjeu est double. Elle doit défendre ses militaires contre les mises en cause globales ou injustes, tout en maintenant une exigence élevée de commandement, de contrôle et de comportement. La formation initiale ne peut suffire à elle seule : les situations opérationnelles, les évolutions du droit et la confrontation quotidienne à la violence imposent un travail continu.
Un face-à-face utile, sans caricature
L’intervention de Saint-Martin est celle d’un député d’opposition qui cherche à mettre le commandement face aux difficultés remontées du terrain. Hubert Bonneau, de son côté, défend un modèle fondé sur le statut militaire, le maillage territorial, la disponibilité et la polyvalence. Les deux positions ne parlent pas toujours le même langage, mais leur confrontation est précisément l’objet d’une audition parlementaire.
Réduire cet échange à une attaque contre la Gendarmerie serait donc trop simple. Mais prétendre que les chiffres de recrutement suffisent à écarter toute idée de malaise le serait tout autant. Les départs anticipés, les casernes dégradées, les mobilités familiales difficiles et l’usure liée au service constituent des signaux suffisamment sérieux pour être discutés publiquement.
Le PLF 2027 devra être jugé sur ses effets concrets
Le débat ouvert par Arnaud Saint-Martin ne sera pas refermé par une seule audition. Il faudra regarder ce que le budget 2027 permettra réellement de financer : emplois effectivement pourvus, réserve réellement employable, rénovation des casernes, accompagnement des familles, renouvellement des matériels et formation continue.
La question centrale reste donc entière : la Gendarmerie dispose-t-elle seulement des moyens de recruter, ou aussi de ceux qui permettront aux militaires de rester, de servir dans de bonnes conditions et de conserver confiance dans leur Institution ? C’est sur cette réponse concrète, bien plus que sur les seuls tableaux budgétaires, que sera jugée la trajectoire présentée devant les députés.
Image à la une : Arnaud Saint-Martin et le général d’armée Hubert Bonneau. Photos : Assemblée nationale / Gendarmerie nationale. Photomontage : Le Pandore et la Gendarmerie.
Source principale : audition officielle du général d’armée Hubert Bonneau devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale, le 7 octobre 2026.
