La Gendarmerie nationale continue d’attirer des candidats : plus de 20 000 inscriptions ont été enregistrées pour le dernier concours de sous-officier, ouvert pour 2 300 postes. Auditionné à l’Assemblée nationale, le général d’armée Hubert Bonneau a toutefois déplacé l’alerte : le principal problème n’est plus de recruter, mais de conserver les personnels dans la durée.
Plus de 20 000 inscriptions pour 2 300 postes de sous-officiers
Interrogé le 7 octobre par la commission de la Défense de l’Assemblée nationale, le directeur général de la Gendarmerie nationale n’a pas décrit une crise générale des candidatures. Pour le dernier concours de sous-officier, plus de 20 000 personnes se sont inscrites alors que 2 300 postes étaient ouverts.
Hubert Bonneau a également indiqué ne pas rencontrer de difficulté particulière pour recruter des officiers ou des réservistes. Ces chiffres montrent que l’institution conserve une capacité d’attraction importante, malgré les contraintes du métier et la concurrence entre employeurs publics et privés.
« Le vrai problème », c’est la fidélisation
Devant les députés, le général d’armée Hubert Bonneau a résumé le point de fragilité en une phrase : « Le vrai problème, c’est la fidélisation. » Le volume des inscriptions ne garantit pas que les militaires recrutés resteront suffisamment longtemps pour acquérir de l’expérience, tenir les emplois ouverts et transmettre leurs compétences.
Les départs anticipés ont un coût humain et opérationnel. Chaque gendarme qui quitte l’institution doit être remplacé, formé puis accompagné avant d’être pleinement employable. Lorsque ces départs se multiplient, une hausse des recrutements peut seulement compenser l’érosion des effectifs au lieu de renforcer réellement les unités.
Dureté du métier, mobilités et emploi des conjoints
Le DGGN a relié cette difficulté à plusieurs réalités : la dureté du métier, les mobilités imposées ou nécessaires, la situation professionnelle des conjoints et les conditions de vie offertes aux familles. Les horaires, les astreintes et la disponibilité attendue des militaires pèsent sur l’équilibre personnel, particulièrement lorsque les affectations se succèdent.
L’emploi du conjoint peut devenir déterminant au moment d’accepter une mutation ou de poursuivre une carrière. Un changement de région ne concerne pas seulement le gendarme : il peut obliger toute une famille à revoir son organisation, son logement, la scolarité des enfants et parfois un second parcours professionnel.
Le logement et l’état des casernes au cœur du problème
Hubert Bonneau a directement associé la fidélisation à l’immobilier. Le logement concédé est une composante particulière de la condition militaire des gendarmes. Lorsqu’une caserne est vétuste, mal isolée ou inadaptée à la vie familiale, cette situation dégrade à la fois les conditions de travail et l’attractivité de l’affectation.
Au cours de la même audition officielle, le directeur général a indiqué que 70 % du parc immobilier domanial suivi par la direction des soutiens et des finances était considéré comme vétuste ou très vétuste. La rénovation des casernes n’est donc pas seulement un chantier de bâtiments : elle devient un outil de ressources humaines.
Des départs avant l’ouverture des droits à pension
Le DGGN a également évoqué les militaires qui quittent la Gendarmerie avant l’ouverture de leurs droits à pension. Ces départs témoignent d’arbitrages de carrière de plus en plus rapides. Ils privent l’institution de personnels déjà formés et peuvent toucher des spécialités ou des unités dans lesquelles l’expérience se construit sur plusieurs années.
La fidélisation suppose donc plusieurs réponses simultanées : améliorer les conditions de logement, mieux accompagner les familles, donner davantage de visibilité aux parcours professionnels et éviter que la contrainte du service ne repose toujours sur les mêmes personnels.
Réserve : privilégier 40 000 militaires réellement employables
La question des effectifs concerne aussi la réserve opérationnelle. L’enveloppe doit rester fixée à 100 millions d’euros et plus de 2 300 réservistes participent chaque jour aux opérations de la Gendarmerie, selon les chiffres présentés devant la commission.
La Lopmi fixe une cible de 50 000 réservistes. Hubert Bonneau a toutefois expliqué qu’avec l’enveloppe disponible, il préférait disposer d’environ 40 000 réservistes pouvant effectuer un nombre de jours d’activité significatif plutôt que d’atteindre mécaniquement 50 000 inscrits en réduisant fortement l’emploi de chacun.
Cette position distingue l’effectif affiché de la capacité réellement mobilisable. Recruter un réserviste ne suffit pas : il faut encore financer sa formation, son équipement et ses journées d’engagement.
Les créations de postes ne suffiront pas sans personnels durables
Le projet de budget 2027 prévoit 235 emplois supplémentaires pour la Gendarmerie. Ces postes doivent notamment contribuer à la création de nouvelles brigades. Mais leur effet dépendra de la capacité de l’institution à garder les militaires déjà recrutés.
L’audition du 7 octobre fait ainsi apparaître un enjeu plus profond que le seul nombre de places offertes aux concours. La Gendarmerie attire encore. Son défi est désormais de transformer cette attractivité initiale en carrières suffisamment longues pour maintenir les savoir-faire, stabiliser les unités et renforcer réellement le service rendu à la population.
Photographie d’archive : élèves-gendarmes de l’école de Montluçon lors du ravivage de la Flamme sous l’Arc de Triomphe, le 19 mars 2026. Photo : SIRPA-G / BRI Gautier Pigot.

