Près de quarante ans après le meurtre du petit Grégory Villemin, retrouvé noyé dans la Vologne en octobre 1984, l’un des dossiers judiciaires les plus emblématiques de France connaît un nouveau rebondissement. Le procureur général de Dijon a demandé une « contre-expertise stylométrique » sur les courriers anonymes attribués au fameux « corbeau », et plus particulièrement sur la lettre revendiquant le crime. Cette nouvelle analyse sera confiée à deux experts indépendants, dont les conclusions ne sont pas attendues avant plusieurs mois.
Cette décision intervient dans un contexte judiciaire tendu, marqué par la mise en examen de Jacqueline Jacob à l’automne dernier pour association de malfaiteurs criminelle. Âgée de 81 ans, la grand-tante de Grégory est soupçonnée d’avoir participé à la machination entourant le drame. Elle conteste fermement toute implication et nie être l’auteure des lettres anonymes qui ont harcelé les parents de l’enfant. La défense remet en cause les expertises antérieures, jugées insuffisamment fiables.
Un enjeu crucial
L’enjeu de cette contre-expertise est donc crucial : il s’agit de confirmer ou d’infirmer scientifiquement les précédentes conclusions qui avaient pesé dans la décision des magistrats. Contrairement à la graphologie, qui étudie l’écriture manuscrite, la stylométrie analyse la structure du langage : vocabulaire, syntaxe, ponctuation et habitudes d’expression. Les spécialistes estiment que chaque individu possède une « signature linguistique » quasi unique.
Dès 2017, des analyses stylométriques avaient mis en évidence une forte similitude entre le style d’écriture de Jacqueline Jacob et celui des lettres du corbeau, notamment celle revendiquant le meurtre. La nouvelle expertise devra déterminer si cette correspondance est suffisamment solide pour constituer un élément probant ou si une marge d’erreur scientifique subsiste.
En parallèle, les investigations se poursuivent sur d’autres terrains. Les analyses ADN n’ont pas apporté de percée récente, mais la justice reste attentive aux avancées technologiques, notamment en matière de généalogie génétique, qui pourrait ouvrir de nouvelles pistes à l’avenir.
Pour l’heure, cette contre-expertise stylométrique redonne un souffle à une affaire longtemps figée. Elle illustre la volonté de la justice de revisiter les preuves à la lumière des outils scientifiques modernes, dans l’espoir de lever, enfin, une part du mystère qui entoure depuis des décennies la mort du petit Grégory.

