À peine quatre mois après sa nomination à la tête de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH), le général de gendarmerie, Jérôme Pichard a été remplacé à la suite de soupçons de propos racistes et discriminatoires. Cette éviction rapide d’un poste particulièrement symbolique intervient alors qu’une enquête administrative a été ouverte par l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN).
Un poste prestigieux
L’OCLCH est l’un des services d’enquête les plus prestigieux de la gendarmerie française. Sa mission est particulièrement sensible : traquer les auteurs de génocides, les criminels de guerre et enquêter sur les crimes ou délits motivés par la haine. Les enquêteurs de cette unité peuvent être saisis d’affaires liées à des violences ou des menaces visant une personne en raison de son appartenance réelle ou supposée à une race, une nation, une religion, mais aussi en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre. Le service traite également les discours de haine diffusés sur les réseaux sociaux.
Les accusations
Dans ce contexte, la mise à l’écart du chef de cette structure a provoqué un malaise. Selon plusieurs révélations médiatiques, le général Pichard aurait tenu à plusieurs reprises des propos à connotation raciste et sexiste, notamment lors de moments informels ou d’entretiens avec des personnels. Parmi les déclarations qui lui sont attribuées figure une remarque jugée particulièrement déplacée : « Pourquoi les gendarmes noirs travaillent-ils tous à l’accueil ? ». Ces propos, rapportés par plusieurs sources internes, ont été perçus comme choquants dans un service précisément chargé de lutter contre les discriminations et les crimes de haine.
Officier issu de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr et spécialiste reconnu de la police judiciaire, Jérôme Pichard avait pris la direction de l’OCLCH le 1er octobre 2025, après avoir récemment été promu général deux étoiles. Décrit par certains collègues comme « sans filtre », il n’était pas unanimement considéré comme raciste, mais plutôt comme représentatif d’une mentalité jugée « vieille France ». Toutefois, ses propos auraient suscité suffisamment de tensions et d’inquiétudes pour entraîner une réaction rapide de la hiérarchie.
Le colonel Philippotin lui succède
Face à la polémique, la gendarmerie nationale a décidé de le retirer de ses fonctions. Depuis le 1er février 2026, il a été affecté à un poste de chargé de mission au pôle de stratégie générale de la Direction des opérations et de l’emploi, à la direction générale de la gendarmerie. Cette mutation est perçue comme une première sanction, en attendant les conclusions de l’enquête administrative.
Pour lui succéder, le colonel Nicolas Philippotin a été nommé à la tête de l’OCLCH. Également saint-cyrien, il occupait auparavant le poste de sous-directeur de l’accompagnement du personnel à la direction générale de la gendarmerie. Son arrivée vise à restaurer la sérénité au sein d’un service dont la crédibilité repose précisément sur la lutte contre les discriminations et les crimes motivés par la haine.

