Les brevets n° 2 et 3 à jamais dans l’histoire.
Le chef d’escadron Claude Lepouzé est mort le 1er octobre 2026, à 90 ans. Le capitaine Paul Barril s’est éteint le 20 octobre, à 80 ans. En moins de trois semaines, le GIGN a perdu deux figures de ses premières années, titulaires des brevets n° 3 et n° 2. Deux hommes aux parcours différents, réunis dans la mémoire d’un Groupe qu’ils ont contribué à bâtir.
Deux numéros, et derrière eux des visages, des voix, des années de travail. Aux côtés de Christian Prouteau, Claude Lepouzé et Paul Barril ont accompagné cette période où une poignée de gendarmes devait inventer ses méthodes, gagner la confiance du commandement et démontrer, intervention après intervention, qu’une unité spécialisée pouvait sauver des vies dans les situations les plus difficiles.
Claude Lepouzé, l’homme de confiance
Le 3 novembre 1973, devant les premiers volontaires rassemblés par Christian Prouteau, Claude Lepouzé trouve les mots qui engagent une équipe : « Mon lieutenant, nous sommes avec vous ! » Cette scène, déjà racontée dans notre hommage au chef d’escadron Lepouzé, dit beaucoup de sa place auprès du fondateur.
Son apport commence avant les premières interventions. Il participe aux travaux préparatoires de l’Équipe commando régionale d’intervention, l’ECRI de Maisons-Alfort, puis à la constitution de l’encadrement. Il apporte l’expérience du sous-officier, la connaissance de l’institution et celle des hommes.
Une précision transmise à notre rédaction par Emmanuel et Jean-Philippe Samson, de GIGN Historique, mérite d’être conservée. Christian Prouteau expliquait avoir préservé son adjoint de l’exposition directe aux missions opérationnelles. Il attendait d’abord de lui un regard expérimenté, une écoute et un lien de confiance avec les personnels.
Lepouzé savait entendre ce qui préoccupait les gendarmes et le faire remonter au chef. Cette fonction comptait dans une unité soumise à une pression inhabituelle. Il poursuivra ensuite son engagement dans la formation des élèves gendarmes, avant d’achever sa carrière en 1992. Sa trace demeure dans les hommes qu’il a aidés à grandir.
Paul Barril, l’engagement physique et le goût de l’intervention
Né à Vinay, en Isère, fils et petit-fils de gendarmes, Paul Barril possède de solides qualités sportives. La Gendarmerie rappelle ses compétences de tireur, de parachutiste et de combattant, ainsi que son rang de major à la sortie de l’École des officiers.
Les travaux de GIGN Historique situent son arrivée au Groupe en juillet 1976 et l’attribution du brevet n° 2 au début de 1977. Lepouzé reçoit le n° 3. Ces numéros restent associés aux premières générations du GIGN, dont ils accompagnent la structuration.
Barril se porte au contact. Plusieurs interventions permettent de mesurer concrètement cet engagement, sans s’en tenir à la réputation qu’il s’est construite par la suite.
Des faits d’armes documentés
Clairvaux, juin 1977. Barril maîtrise sans violence trois évadés de la prison. Tarbes, janvier 1978. Il neutralise un homme muni d’explosifs, retranché dans la salle des ordinateurs de l’arsenal. Le Monde relate ces deux opérations dès octobre 1981, alors qu’il est encore au Groupe.
Brionne, 31 juillet 1978. Selon la citation reproduite par GIGN Historique, il affronte à plusieurs reprises, seul et sans arme, un homme armé qui retient ses trois enfants. Il parvient à le maîtriser malgré un tir. Cette action lui vaut la médaille de la Gendarmerie.
La Mecque, 1979. Barril fait partie des trois gendarmes envoyés conseiller les forces saoudiennes lors de la prise de la Grande Mosquée. Le récit officiel du GIGN décrit une intervention préparée sur plans et une formation accélérée des gardes saoudiens chargés de l’exécuter, l’accès au sanctuaire étant interdit aux non-musulmans. Leur contribution relève de l’expertise et de la préparation opérationnelle ; l’assaut est conduit par les forces saoudiennes.
Hôtel Fesch, Ajaccio, janvier 1980. Aux côtés de Christian Prouteau, Barril participe à la reddition des nationalistes retranchés dans l’établissement. Les archives de presse soulignent une issue sans effusion de sang dans l’hôtel.
Sainte-Ruffine, 27 février 1982. Une autre citation, également reproduite par GIGN Historique, salue la maîtrise d’un homme retranché et la libération d’enfants retenus en otage. Barril est blessé au cours de l’action.
Préparer les hommes, développer les savoir-faire
Ces engagements s’appuient sur un travail d’entraînement. Dans ses souvenirs sur les débuts du Groupe, Christian Prouteau rappelle que Barril prend en charge les sports de combat et introduit une formation au full-contact. L’objectif général de cette préparation est de donner aux équipiers les moyens d’agir au contact et de maîtriser un adversaire, sans faire de l’arme leur seule réponse.
GIGN Historique souligne aussi son rôle dans le développement de la plongée et du groupe nautique, ainsi que dans l’évolution du tir de confiance, initié par Prouteau. Ses contributions concernent donc les capacités collectives autant que ses interventions personnelles.
Commandant en second à partir de 1978, Barril prend le commandement par intérim en 1982, lorsque Prouteau est appelé à travailler auprès de la présidence de la République. Gravement blessé à l’entraînement en 1983, il doit quitter le Groupe. Sa trajectoire se poursuit ensuite dans la sécurité privée et les affaires internationales.
Les affaires font aussi partie du parcours
L’hommage ne peut effacer les faits établis. Dans l’affaire des Irlandais de Vincennes, l’opération de 1982 est entachée d’un montage impliquant des armes déposées dans l’appartement des personnes interpellées. Les poursuites visant Barril sont définitivement annulées pour vice de procédure en 2003. Dans le dossier des écoutes de l’Élysée, il est condamné en 2005 à six mois de prison avec sursis pour recel de documents portant atteinte à la vie privée, une peine confirmée en appel et en cassation.
Ses activités au Rwanda font également l’objet d’une plainte pour complicité de génocide et crimes contre l’humanité. Barril conteste ces accusations et est entendu sous le statut de témoin assisté en 2020, comme le rappelle la dépêche de l’AFP reprise par Europe 1. Ces accusations ne doivent pas être présentées comme une condamnation.
Barril emporte ses propres silences. Il laisse des questions sur certaines missions et leurs éventuels commanditaires. Les archives et les travaux historiques pourront encore en éclairer une part ; les éléments disponibles ne permettent pas de tout trancher.
Deux brevets, une place dans l’histoire
Il reste le travail accompli dans les premières années du Groupe : la cohésion entretenue par Lepouzé, l’expérience transmise, les techniques éprouvées, les otages libérés lors des interventions de Barril. Ces contributions appartiennent à l’histoire du GIGN. Elles permettent de comprendre ce que l’unité doit à ceux qui l’ont accompagnée avant qu’elle ne devienne une référence internationale.
À leurs familles, à leurs proches et à leurs compagnons d’armes, Le Pandore et la Gendarmerie adresse ses pensées les plus sincères.

