Saisi par Le Pandore et la Gendarmerie de questions précises sur le traitement d’un renseignement versé à l’instruction en 2024, le parquet général de Saint-Denis refuse de « communiquer sur le fond ». Il confirme toutefois que la chambre de l’instruction devrait examiner avant la fin de l’année l’appel formé par la famille de Mathieu Caizergues contre le refus d’une demande de fouilles.
Une réponse officielle qui évite le cœur du dossier
Le 9 septembre, Le Pandore et la Gendarmerie a interrogé séparément le procureur de la République de Saint-Denis et le procureur général près la cour d’appel. Notre demande portait sur la nouvelle procédure engagée par les avocats de la famille de Mathieu Caizergues, disparu le 23 juin 2017 lors d’une randonnée à La Réunion.
Deux jours plus tard, le parquet général a répondu par l’intermédiaire de Saliha Hand Ouali, secrétaire générale du parquet général et magistrate déléguée à la communication. Sa position tient en deux éléments. D’abord, l’institution indique qu’elle « ne souhaite pas communiquer sur le fond de ce dossier ». Ensuite, elle apporte une précision procédurale : la chambre de l’instruction devrait examiner l’appel de la famille avant la fin de l’année 2026.
Le parquet de la République, également sollicité sur les vérifications éventuellement conduites à la suite du renseignement de 2024, n’avait pas répondu au moment de la rédaction de cet article.
L’appel confirmé, mais toujours aucune date d’audience
La réponse du parquet général confirme donc que l’appel annoncé par les avocats de la famille a bien franchi une étape judiciaire réelle. La famille intervient dans la procédure comme partie civile et la chambre de l’instruction devrait se pencher sur son recours avant le 31 décembre.
La formulation reste néanmoins prudente : le parquet général écrit que la chambre « devrait » examiner l’appel. Aucune date d’audience, aucun calendrier précis et aucune date de délibéré ne sont communiqués. La juridiction ne précise pas davantage l’objet exact de la décision contestée, même si les conseils de la famille expliquent avoir fait appel du refus opposé à leur demande de fouilles.
Les questions essentielles restent sans réponse
Notre sollicitation ne demandait pas au parquet général de dévoiler le contenu de l’instruction ni d’anticiper la décision des magistrats. Elle recherchait des confirmations objectives sur la chronologie et l’état de la procédure : la date d’enregistrement de l’appel, la nature exacte de l’ordonnance contestée, la transmission du dossier, l’éventuelle fixation d’une audience ainsi que la chronologie d’un précédent recours examiné en 2020.
Le parquet général ne répond à aucun de ces points en détail. Il ne confirme pas davantage l’existence et la date exacte du procès-verbal de 2024, les conditions dans lesquelles le renseignement a été recueilli, les vérifications qui auraient pu être conduites sur le lieu désigné ou la motivation précise du refus d’acte.
Il ne réagit pas non plus aux déclarations particulièrement graves de Me Jean-Charles Teissedre, l’un des deux avocats de la famille avec Me Félix Allary. Dans l’entretien accordé au Pandore le 9 septembre, Me Teissedre affirme qu’une information a été « dissimulée » et estime que le défaut allégué de vérification a « l’odeur du scandale ». Pour l’avocat, l’enquête n’est « manifestement pas clôturable en l’état ».
Un refus de répondre qui ne tranche rien
Le refus du parquet général de communiquer ne constitue ni une confirmation ni un démenti des accusations formulées par l’avocat. Il ne permet pas d’affirmer qu’aucune recherche n’a jamais été entreprise. Mais il ne lève aucune des interrogations soulevées par la famille : pourquoi un renseignement présenté comme suffisamment précis pour avoir été consigné dans la procédure n’a-t-il, selon les pièces communiquées à la partie civile, laissé apparaître aucune vérification du lieu ? Pourquoi la famille et ses avocats disent-ils n’en avoir pris connaissance que deux ans plus tard ? Et pourquoi la demande visant à contrôler cet emplacement a-t-elle été refusée ?
Le point doit être rappelé avec la plus grande prudence : aucune fouille n’a établi l’existence d’une tombe et aucun élément ne permet d’affirmer qu’un corps se trouverait à l’endroit évoqué. La demande de la famille ne consiste pas à présenter cette hypothèse comme acquise. Elle vise précisément à la vérifier.
Un précédent recours avait déjà relancé les recherches
L’affaire a déjà connu une situation comparable. En 2020, plusieurs demandes d’actes refusées avaient été portées devant la chambre de l’instruction. Selon les archives du Pandore et les éléments publics de l’époque, la juridiction avait autorisé deux opérations complémentaires, dont l’exploitation de téléphones et une intervention dans la zone du Belvédère. Des recherches avaient ensuite été menées en 2021 dans le secteur du Maïdo.
Le parquet général n’a pas souhaité confirmer cette chronologie dans sa réponse du 11 septembre. Six ans plus tard, la famille se tourne donc de nouveau vers la chambre de l’instruction pour obtenir un acte que le juge chargé du dossier a refusé.
La famille devra encore attendre
Mathieu Caizergues avait 24 ans lorsqu’il a disparu. Neuf années plus tard, aucun corps, aucun téléphone, aucun sac ni aucun vêtement lui appartenant n’a été retrouvé. Ses proches disposent désormais d’un horizon judiciaire, mais pas encore d’une date : l’appel devrait être examiné avant la fin de l’année.
D’ici là, la réponse du parquet général laisse intacte la question au centre de notre enquête publiée le 9 septembre : des vérifications ont-elles réellement été conduites après le renseignement consigné en 2024 ? Le parquet choisit de ne pas le dire. La chambre de l’instruction devra, elle, décider si cette piste doit enfin faire l’objet des fouilles réclamées par la famille.
Sources : réponse écrite du parquet général de Saint-Denis reçue le 11 septembre 2026 ; entretien accordé au Pandore et la Gendarmerie par Me Jean-Charles Teissedre le 9 septembre 2026 ; archives du Pandore.

