La cour d’assises spécialement composée de Paris a rendu, mercredi 7 octobre 2026, un verdict nettement plus sévère dans le dossier des attentats de Trèbes et Carcassonne. Marine Pequignot et Samir Manaa, deux proches de Radouane Lakdim, ont été condamnés à dix et douze ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste. Les deux accusés, libres à leur arrivée au procès, ont été incarcérés à l’issue de la décision.
Deux peines considérablement alourdies
En février 2024, Marine Pequignot, alors compagne du terroriste, avait été condamnée à cinq ans de prison dont deux avec sursis. Samir Manaa avait reçu trois ans de prison, sans que l’association de malfaiteurs terroriste soit retenue à son encontre. Le parquet national antiterroriste avait contesté ces décisions. En appel, la qualification terroriste est désormais retenue pour les deux accusés.
Au terme des débats, l’avocat général avait demandé seize ans contre Marine Pequignot et vingt ans contre Samir Manaa. Les magistrats ont prononcé des peines inférieures à ces réquisitions, mais bien supérieures au jugement initial.
Ce que la cour a retenu
Samir Manaa avait accompagné Radouane Lakdim dans une armurerie pour l’achat d’un couteau. Selon les comptes rendus d’audience, la cour a estimé qu’il connaissait l’attirance de son ami pour la violence. Les magistrats ont également relevé son absence de remise en question. Concernant Marine Pequignot, la cour a considéré qu’elle connaissait les projets meurtriers de son compagnon et que sa radicalisation procédait d’une démarche personnelle.
Cette appréciation marque un changement majeur pour Samir Manaa : lors du premier procès, les juges n’avaient pas estimé les éléments suffisants pour retenir contre lui l’association de malfaiteurs terroriste. Il ne s’agit pas pour autant d’une condamnation comme auteur matériel des assassinats, commis par Radouane Lakdim.
Le 23 mars 2018, quatre vies arrachées
Le 23 mars 2018, Radouane Lakdim avait commencé son parcours meurtrier à Carcassonne, avant de poursuivre son attaque au supermarché Super U de Trèbes, dans l’Aude. Quatre personnes avaient été tuées. Parmi elles figurait le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, qui s’était volontairement substitué à une otage dans le magasin. Grièvement blessé par le terroriste, il avait succombé à ses blessures. Promu colonel à titre posthume, il demeure une figure majeure du courage et du sacrifice dans la Gendarmerie nationale.
L’assaillant avait été abattu lors de l’intervention des forces de l’ordre. L’organisation État islamique avait revendiqué les attentats. Huit ans plus tard, les audiences continuent de confronter les familles et les rescapés à la violence de cette journée.
Une étape judiciaire importante pour les victimes
La Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (FENVAC), partie civile, a suivi le dossier et accompagné les victimes. Les peines du premier procès avaient suscité une profonde incompréhension chez plusieurs parties civiles. Ce nouveau verdict ne peut effacer les pertes ni les blessures, mais il modifie sensiblement la réponse pénale apportée à l’entourage de l’assaillant.
Le cas d’un troisième accusé, Baghdad Haddaoui, a été disjoint : expulsé au Maroc, il ne s’était pas présenté à l’audience d’appel. Son dossier pourra faire l’objet d’une procédure ultérieure.
La mémoire du colonel Arnaud Beltrame
Pour la communauté des gendarmes, cette décision judiciaire renvoie inévitablement au sacrifice du colonel Arnaud Beltrame. Son choix de prendre la place d’une otage a profondément marqué la France. Au-delà des années de réclusion prononcées ce mercredi, le souvenir du militaire et celui des autres victimes restent au cœur de cette affaire.
À lire également sur Le Pandore : la réaction du frère du colonel Arnaud Beltrame au premier verdict.
Sources : dépêche AFP du 7 octobre 2026, reprise par L’Est Républicain ; Actu-Juridique, 7 octobre 2026 ; FENVAC, suivi du procès en appel.

