L’assassinat d’Alain Orsoni, lundi 12 janvier à Vero, en Corse-du-Sud, s’impose comme un crime hors norme par son mode opératoire. L’ancien dirigeant nationaliste, âgé de 71 ans, a été tué d’une balle tirée à longue distance alors qu’il assistait aux obsèques de sa mère. Une cinquantaine de personnes étaient présentes. Dans une île où les enterrements constituent des moments intouchables, ce meurtre, commis en plein recueillement, rompt brutalement avec les usages, y compris criminels.
Les premières constatations judiciaires décrivent un scénario d’une redoutable sobriété : un tireur embusqué, un seul coup de feu, une cible atteinte mortellement au thorax. Le procureur de la République d’Ajaccio évoque un tir effectué depuis un point haut, à l’aide d’une arme longue probablement équipée d’une lunette. Le pas de tir a depuis été identifié à l’arrière du cimetière, dans un maquis dense, à moins d’une centaine de mètres de la victime. Une douille retrouvée sur place doit permettre d’affiner les analyses balistiques.
Une préparation méticuleuse
Ce choix technique révèle une préparation méticuleuse. Le tireur a privilégié la certitude plutôt que la démonstration : un tir unique, sans reprise, visant une zone vitale. Selon des spécialistes, dont Jean-Marie Grivel , un ancien membre du GIGN, ce type de tir ne nécessite pas forcément une formation militaire, mais une réelle maîtrise : connaissance des lieux, anticipation de l’heure et des conditions météo, estimation précise de la distance et stabilité de la cible. Alain Orsoni était immobile, appuyé à une barrière, entouré de ses filles. Cette configuration a réduit les aléas et accru l’efficacité du tir.
La munition utilisée aurait été choisie pour sa stabilité, afin de limiter l’influence du vent, traduisant une logique de sécurité balistique. L’objectif n’était pas d’intimider, mais d’abattre, sans bavure, au milieu des témoins. Aucun mouvement de panique préalable, aucun échange de tirs : la mort est survenue dans un silence presque clinique.
Reste désormais à déterminer la fuite du tireur, l’existence de complices et le degré exact d’anticipation de ce crime d’une précision glaçante, qui marque une escalade symbolique et technique dans la criminalité corse.
