La cour d’honneur de la caserne des Célestins a accueilli, ce lundi 16 février, la cérémonie nationale de la Journée d’hommage aux héros de la gendarmerie. Présidée par Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, et par le général de corps d’armée André Petillot, major général de la gendarmerie nationale, la prise d’armes s’est déroulée dans un silence chargé d’émotion, tandis que, simultanément, des cérémonies analogues se tenaient dans chaque département de France.

Instituée en 2022, cette journée nationale s’inscrit dans la filiation directe du 16 février 1791, date à laquelle la maréchaussée de l’Ancien Régime devenait officiellement la gendarmerie nationale. Un symbole fondateur, aujourd’hui consacré au souvenir des morts en service et à la reconnaissance des héros vivants.
Une liturgie militaire entre histoire et recueillement
La cérémonie s’est ouverte par la lecture d’un texte historique rappelant la vocation première du gendarme : protéger la population et garantir l’ordre républicain. Cette séquence introductive, voulue comme un temps de réflexion collective, a donné à l’hommage une profondeur mémorielle, reliant les générations de gendarmes d’hier à celles d’aujourd’hui.
Le rituel s’est poursuivi par l’appel solennel des noms des personnels décédés en service au cours de l’année écoulée, suivi du dépôt de gerbe et de la sonnerie aux morts. Huit personnels de la gendarmerie — six militaires et deux civils — ont été honorés :

Les héros morts en service :
- Élève-gendarme Irvin Félicité, école de gendarmerie de Tulle, décédé le 9 avril 2025 à l’âge de 24 ans ;
- Adjudant Thierry Teriierooiterai, commandement de la gendarmerie pour la Polynésie française, décédé le 10 avril 2025 à l’âge de 50 ans ;
- Adjudant Marc Languenou, escadron de gendarmerie mobile 27/7 de Lure, décédé le 24 avril 2025 à l’âge de 42 ans ;
- Adjudant-chef Stéphane Plunian, groupement de gendarmerie départementale de l’Yonne, décédé le 6 juin 2025 à l’âge de 42 ans ;
- Adjudant Nicolas Verriez, brigade de gendarmerie maritime de Dzaoudzi, décédé le 18 septembre 2025 à l’âge de 36 ans ;
- Monsieur Abdou Shams El Din, bureau soutien logement infrastructure de la Garde républicaine, décédé le 6 décembre 2025 à l’âge de 51 ans ;
- Adjudant David Picard, groupement de gendarmerie départementale de la Moselle, décédé le 24 décembre 2025 à l’âge de 53 ans ;
- Monsieur Jean-Marc Cuny, commandement spécialisé pour la sécurité nucléaire, décédé le 6 janvier 2026 à l’âge de 61 ans.
À travers ces noms, c’est la diversité des missions de la gendarmerie — formation, sécurité publique, outre-mer, protection des sites sensibles — qui s’est incarnée dans un hommage unanime.
Des chiffres qui disent la dureté de l’engagement
Dans son message officiel, le ministre de l’Intérieur a rappelé l’ampleur des risques encourus par les forces de l’ordre. Depuis février 2025, huit personnels ont perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions. Surtout, l’année 2025 a franchi un seuil inédit : 10 816 gendarmes blessés en service, dont près de 3 000 victimes d’agressions, soit un blessé toutes les trois heures.
Ces données, énoncées devant les rangs alignés, ont donné une dimension concrète à l’hommage rendu, soulignant que la mémoire des morts s’accompagne désormais d’une reconnaissance explicite envers les blessés, associés à part entière à la cérémonie.
Des héros vivants décorés pour des actes de bravoure

Temps fort de la prise d’armes : la remise de décorations à dix militaires distingués pour des faits d’armes et de courage exceptionnels. Les citations ont évoqué des opérations de secours en montagne dans des conditions extrêmes, des interventions face à des individus armés, des interpellations sous la menace du feu ou encore des actions lors de refus d’obtempérer.
Récipiendaires et distinctions :
- Gendarme Mickaël S. (BTA Quimperlé) : médaille de la gendarmerie nationale avec étoile de vermeil ;
- Gendarme Jason G. (PMO Saint-Martin-du-Frêne) : médaille de la gendarmerie nationale avec étoile d’argent ;
- Adjudant Bastien F. (PGHM Chamonix) : médaille de la gendarmerie nationale avec étoile de bronze ;
- Adjudant Niklaas G. (PGHM Chamonix) : médaille de la gendarmerie nationale avec étoile de bronze ;
- Gendarme Célia H. (BTA Oraison) : médaille de la gendarmerie nationale avec étoile de bronze ;
- Gendarme Jason A. (PSIG Chantilly) : médaille de la gendarmerie nationale avec étoile de bronze ;
- Gendarme Nicolas P. (PSIG Chantilly) : médaille d’or de la défense nationale avec étoile de bronze ;
- Gendarme David D. (EGM Lodève) : médaille d’or de la défense nationale avec étoile d’argent ;
- Gendarme Maxime M. (EGM Lodève) : médaille d’or de la défense nationale avec étoile d’argent ;
- Gendarme Lamri M. (Garde républicaine) : médaille d’or de la défense nationale avec étoile de bronze.
À travers ces distinctions, la hiérarchie a voulu saluer « le courage, la résolution et l’esprit de sacrifice » de militaires confrontés à des situations d’extrême danger.

Une cérémonie sous le poids de l’actualité
L’hommage national s’est tenu dans un climat sécuritaire particulièrement tendu. Le souvenir de l’attaque récente perpétrée près de l’Arc de Triomphe contre des gendarmes, par un individu radicalisé armé d’un couteau et de ciseaux, a traversé les esprits. Ce rappel a donné une portée immédiate aux mots prononcés lors de la lecture du message ministériel, insistant sur la persistance de la menace et sur la nécessité d’un soutien constant de la Nation à ses forces de sécurité.
Dans la cour des Célestins, après la minute de silence, la Marseillaise a clos la cérémonie. Entre mémoire des disparus et reconnaissance des héros vivants, la Journée nationale d’hommage aux héros de la gendarmerie s’est affirmée comme un rendez-vous désormais incontournable du calendrier républicain, rappelant que, chaque jour, des femmes et des hommes s’exposent pour la sécurité collective.

