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AFFAIRE MATHIEU CAIZERGUES : « On nous cache la vérité »

EXCLUSIVITÉ « LE PANDORE ET LA GENDARMERIE »

Depuis quatre ans, Delphine Caizergues se bat sans relâche pour savoir ce qui est arrivé à son fils Mathieu, gendarme, mystérieusement disparu à l’île de la Réunion où il était en poste. Convaincue que les 2 hommes qui l’accompagnaient n’ont pas tout dit, elle espère que les dernières investigations conduiront bien à un procès.

Quels souvenir gardez-vous de ce 23 juin 2017 ?

Je me souviens de tout, même des vêtements que je portais. J’avais reçu plusieurs messages de Mathieu, dont le dernier alors que je quittais le travail. Sa photo avec la bosse (lire par ailleurs). Je me suis inquiétée, il ne répondait pas à mes appels. Tout le monde m’a rassurée en me disant qu’il avait dû rentrer se coucher. Moi, je n’ai pas dormi de la nuit. 

Mathieu Caizergues – Image à la Réunion.

Que saviez-vous du programme de Mathieu ?

Il devait se rendre pour la première fois dans le cirque de Mafate au départ du Maïdo, en compagnie de l’époux d’une gendarme rencontré à la brigade territoriale de La Possession, ainsi qu’un adjudant-chef de la brigades de recherches de Saint-Paul qu’il ne connaissait pas du tout. Deux quinquagénaires a priori moins en forme que lui, qui est un grand sportif. L’aller-retour devait se faire sur la journée.

Cirque de Mafate -La Réunion

Quand avez-vous appris sa disparition ?

C’est son père qui a été prévenu, le lendemain qu’il était introuvable. Le début du cauchemar. Mathieu se faisait une joie de cette randonnée bien qu’il était fatigué, il me disait : « Maman, il y a tellement de belles choses à voir. » C’était un vendredi. Lundi matin, nous étions dans l’avion pour la Réunion pour assister aux recherches. 

Comment avez-vous été accueillis ? 

C’est le colonel commandant le groupement de la Réunion qui nous accueille en nous disant que tous les moyens possibles ont été engagés depuis le vendredi soir vers 23h : patrouilles pédestres, survol hélico, équipes cynophiles de la gendarmerie et des pompiers. Après un débrief avec les secouristes du PGHM, on a effectué un survol du site et on a été déposés sur le sentier.

Les divers sentiers et chemins que parcours les randonneurs- Maîdo/Mafate- La Réunion

Mais aucune trace de votre fils

En tous cas pas de trace matérielle. Même les habitants que nous rencontrons nous disent qu’il ne peut pas être là. En ces lieux, un corps attire très vite les rapaces, les mouches. Là, il n’y a rien, même si un chien a marqué au niveau du point de vue du belvédère où Mathieu s’est semble-t-il appuyé contre la rambarde lors de la remontée. 

La mobilisation d’un chien pisteur de métropole n’a pas plus de succès ?

Justement, on aurait voulu que le maître-chien soit réentendu, car sa chienne, à qui on a fait sentir les draps de Mathieu, va s’arrêter trois fois sur la route du retour. Elle marque au niveau du parking, puis d’un restaurant sur le chemin. On est convaincus qu’elle suit sa trace et que Mathieu est bien ressorti du cirque. Mais le maître-chien, qui n’avait visiblement pas envie d’être là, dira qu’elle ne faisait que « se promener ». 

La disparition de Mathieu Caizergues reste un mystère. Image d’illustration.

Trois semaines plus tard, vous n’êtes guère plus avancés

On finit par rentrer en métropole, la gendarmerie nous ayant fait comprendre qu’on dérangeait alors qu’on parlait aux journalistes, à la population. Les chiens de recherche de cadavre n’ont rien senti, et à ce moment-là, personne ne veut explorer la falaise. 

La population réunionnaise s’implique pourtant aussi dans les recherches

C’est vrai qu’on a reçu un fort soutien des Réunionnais, très impliqués à nos côtés. Des mères de famille qui me comprenaient. Tout le monde cherche alors Mathieu, nous transmet les articles de presse.

Au point de susciter de faux espoirs ?

Plusieurs fois, oui, des gens vont penser avoir croisé Mathieu. En septembre, nous revenons sur l’île alors qu’une piste très sérieuse a été soulevée du côté de Saint-Joseph, dans le sud. Un jeune qui lui ressemble est vu près d’un point d’eau où il a laissé sa bouteille. Impossible de le retrouver. On va demander à faire analyser la bouteille, ce qui va prendre plusieurs semaines. Entretemps, un jeune se manifeste en me disant que c’était lui ce jour-là. Et pas Mathieu. 

Vous allez revenir à la Réunion à plusieurs reprises dans les mois suivants

Oui, cinq fois pour moi, quatre pour le père de Mathieu. C’est indispensable car si on reste à distance, il ne se passe rien. En avril 2019, on a même embauché des cordistes et un pilote de drone pour faire des vérifications. Dans ce genre de dossier, il faut être derrière les enquêteurs et le juge. On sent bien que c’est une affaire de gendarmes…

Cordiste fouillant sur les lieux où potentiellement, ou le corps de Mathieu Caizergues aurait pu se trouver.

Un an après la disparition, vous prenez un nouveau coup sur la tête

C’est ça. On apprend dans la presse que Mathieu est déclaré décédé. Une demande de la direction de la gendarmerie de Bretagne semble-t-il, pour des raisons administratives et ce bien qu’il ne touche plus de solde depuis six mois. Cela nous fait l’effet d’une bombe, alors qu’aucun corps n’a été retrouvé. 

Comment évolue l’enquête ? 

Mal et trop lentement. Après les errements de l’enquête préliminaire, le premier juge d’instruction n’a rien fait pour rattraper le tir. C’est son premier dossier. C’est un jeune juge qui a manqué de compétence. Il est en charge de ce dossier complexe et on sent qu’il ne faut surtout pas faire de vagues. Nos nombreuses demandes d’actes sont rejetées alors que les deux hommes qui étaient avec Mathieu sont mis en examen, un an plus tard, pour non-assistance à personne en danger. Leur interrogatoire est creux, on nous refuse une reconstitution, alors qu’ils cachent clairement la vérité. 

C’est votre sentiment ? 

Il est certain qu’ils fuient toute responsabilité. Je n’ai jamais échangé avec eux, ils n’ont jamais manifesté de regrets et font comme s’ils étaient dans leur bon droit alors qu’au mieux, ils sont partis en abandonnant un jeune collègue. Pourquoi ne pas avoir l’avoir attendu alors que l’un d’eux reconnait qu’il était « dans le rouge » ? Pourquoi ne pas avoir répondu aux appels de Mathieu et avoir attendu plus de trois heures avant de donner l’alerte ? Pourquoi avoir effacé son message vocal ?  Pour moi, il s’est passé quelque chose après la randonnée et ils racontent des mensonges. 

Qu’attendez-vous des dernières investigations menées ? 

Il semble que les fouilles confirment que Mathieu n’est pas tombé du belvédère. Cela nous conforte dans l’idée qu’il n’est plus dans le cirque et qu’il s’est passé quelque chose après. Si les cordistes avaient trouvé quelque chose, j’aurai tout cassé car ça fait quatre ans qu’on réclamait ces recherches. Pour la téléphonie, je crains malheureusement qu’il soit trop tard. Les deux hommes ont changé d’opérateur et d’appareils depuis longtemps.

Un procès vous semble-t-il envisageable ? 

Un procès est indispensable. On nous doit bien ça. Mais un vrai procès, en présence de ces deux hommes, bien qu’ils fassent tout pour y échapper. Il faudra qu’ils répondent enfin à nos questions. S’ils sont aussi innocents qu’ils le disent, alors qu’ils viennent s’expliquer. 

Comment percevez-vous l’attitude de la gendarmerie dans cette affaire ? 

Certains ont bien fait le boulot, comme le PGHM, ou le service central de renseignement criminel de Pontoise qui a été sollicité il y a deux ans par le nouveau général de la gendarmerie de la Réunion. Mais on sent qu’on dérange, que cette histoire qui implique des gendarmes salit le corps de la gendarmerie et que dans la grande muette, on ne veut pas de vagues. En tous cas, ça arrange bien tout le monde qu’on ne retrouve pas Mathieu. Même la ministre des Armées a botté en touche quand le député Dupont-Aignan l’a questionnée à l’Assemblée sur cette affaire. 

Quatre ans après, n’êtes vous pas parfois tentée de tourner la page ? 

Jamais. Mathieu, c’est la chair de ma chair. Il est impossible d’accepter une disparition dans ces circonstances. Avec ma famille et nos avocats, on se battra jusqu’au bout pour obtenir la vérité qu’on nous doit. Et tant que je n’ai pas la preuve de sa mort, je garde toujours un espoir. Il y a des gens qui disparaissent du jour au lendemain sans explication.

Delphine Caizergues et son fils, Mathieu Caizergues.

Entretien et photos : Sébastien Gignoux pour « le  Pandore et la Gendarmerie »
Crédit photos Delphine Caizergues pour les photos de Mathieu Caizergues.

Rédigé par pandore

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