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Clermont-Ferrand sous tension : la guerre des mortiers contre les forces de l’ordre

Le Puy-de-Dôme, réputé pour son calme au cœur de l’Auvergne, vit depuis plusieurs jours une inquiétante escalade de violences dirigées contre les forces de sécurité. D’abord à Ambert, petite sous-préfecture du département, puis à Clermont-Ferrand, capitale régionale, des tirs de mortiers d’artifice ont visé gendarmes et policiers. Si aucun blessé n’est à déplorer, ces attaques marquent un nouveau cap dans la contestation violente de l’autorité et illustrent la montée d’une insécurité déjà préoccupante dans la région.

Une nuit de chaos à Ambert

Tout commence dans la nuit de samedi à dimanche 24 août, peu après minuit, dans le centre-ville d’Ambert. Alertés pour de simples « pétards », les gendarmes découvrent en réalité un usage massif de fusées d’artifice tirées en pleine rue. Sur place, ils tentent de contrôler un jeune homme d’une vingtaine d’années, repéré au guidon d’une trottinette et soupçonné d’avoir pris part aux tirs. Mais l’intervention tourne rapidement à l’affrontement : plusieurs de ses camarades s’interposent, bousculent les forces de l’ordre et s’en prennent aux véhicules.

Malgré les tensions, les militaires parviennent à interpeller le suspect et à le ramener à la caserne. Placé en garde à vue, il devient malgré lui l’élément déclencheur d’une riposte inquiétante. Vers 2 heures du matin, une vingtaine d’individus se regroupent devant la compagnie de gendarmerie et déclenchent plusieurs tirs de mortier directement en direction des bâtiments. Anticipant cette attaque, les gendarmes avaient mis en place un plan de défense : l’activation des phares et la mobilisation rapide de la troupe suffisent à faire fuir les assaillants. Un deuxième suspect sera interpellé peu après, mais l’épisode témoigne d’un franchissement symbolique : l’institution elle-même devient la cible.

Clermont-Ferrand, épicentre de l’insécurité

À peine quelques jours plus tard, c’est la capitale auvergnate qui est secouée par un scénario similaire. Mercredi soir 20 août, dans le quartier Charras – l’un des plus gros points de deal de Clermont-Ferrand –, policiers de la CRS 14 et brigade cynophile sont pris pour cible par une dizaine d’individus armés de mortiers d’artifice. Les détonations s’enchaînent pendant près de quatre heures, de 18h30 à 22h30, semant la panique chez les habitants. Là encore, aucun blessé, mais un signal fort envoyé aux forces de l’ordre, désormais visées frontalement dans l’exercice de leurs missions.

Ces attaques ne surgissent pas dans un vide sécuritaire. Depuis le début de l’année, Clermont-Ferrand a connu une recrudescence de faits divers violents. Six homicides ont été recensés, dont quatre directement liés au trafic de stupéfiants. Les règlements de comptes se multiplient : corps calcinés retrouvés avec traces de torture, fusillades en pleine rue, agressions en réunion. Les habitants de Croix-Neyrat, de la gare ou encore de Charras vivent au rythme de cette insécurité croissante, nourrie par la prolifération des points de deal.

Trafic de drogue et importation de violence

« On avait deux points de deal avant, maintenant un troisième s’est installé près de la gare », alerte Marlène Hostache, policière et secrétaire départementale du syndicat Alliance. Selon elle, les acteurs de ce trafic ne sont pas uniquement locaux. Certains viendraient de Marseille, de Nîmes ou d’autres grandes villes françaises, exportant avec eux leurs méthodes brutales et leur mépris pour les forces de sécurité.

Cette « importation » de violence contribue à transformer Clermont-Ferrand, ville moyenne jusque-là relativement épargnée, en un nouveau terrain d’affrontement entre bandes criminelles. Les mortiers, initialement perçus comme un outil festif, se banalisent désormais comme arme d’intimidation contre les autorités.

L’État sur le qui-vive

Face à cette montée des tensions, le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a convoqué en urgence le préfet du Puy-de-Dôme, le commandant du groupement de gendarmerie et le directeur interdépartemental de la police nationale. Une réunion discrète mais symbolique, destinée à dresser un état des lieux précis et à envisager une réponse renforcée. « Il y a urgence à agir », reconnaît une source proche du dossier.

Le gouvernement promet de « monter en puissance » : plus de moyens, plus de présence sur le terrain et une attention particulière portée aux quartiers les plus sensibles. Mais pour les habitants, la peur est déjà là. Beaucoup redoutent que Clermont-Ferrand ne devienne à son tour un foyer majeur de violences urbaines, à l’image de certaines métropoles déjà gangrenées par le narcotrafic.

Une fracture inquiétante

De la petite ville d’Ambert à la grande Clermont-Ferrand, les attaques au mortier contre les forces de l’ordre traduisent une radicalisation inquiétante. L’autorité est directement contestée, les symboles de l’État pris pour cibles, et les trafics de drogue installent un climat de défiance généralisé.

L’Auvergne, longtemps perçue comme un territoire préservé, découvre brutalement que l’insécurité n’est plus l’apanage des banlieues parisiennes ou marseillaises. Une fracture qui inquiète autant les habitants que les responsables politiques : le bras de fer entre trafiquants et forces de l’ordre semble désormais engagé.

Rédigé par pandore

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