Le lundi 23 février 2026 marque une étape majeure dans la lutte contre la criminalité organisée. Grâce à une coopération judiciaire étroite entre la France, l’Italie et la Suisse, sept personnes ont été interpellées : quatre dans le sud de la France et trois en Italie. Cette action conjointe est le fruit d’un travail de longue haleine mené par les autorités judiciaires et policières des trois pays, avec l’appui d’Europol et d’Eurojust.
L’opération, pilotée côté français par la Juridiction interrégionale spécialisée de Marseille, visait un réseau soupçonné de blanchir massivement l’argent du narcotrafic au profit des grandes mafias italiennes.
Des mafias puissantes au cœur de l’enquête
Les investigations ont mis en lumière des liens étroits avec deux organisations criminelles parmi les plus redoutées d’Italie : la Camorra, implantée dans la région de Naples, et la Ndrangheta, originaire de Calabre.
Selon le procureur de la République de Marseille, l’affaire débute en janvier 2023 après un renseignement transmis par les autorités helvétiques. Celui-ci signalait un ressortissant italien disposant d’intérêts financiers en Suisse et en France, soupçonné d’être un acteur central d’un vaste système de blanchiment d’argent. À partir de ce point de départ, une équipe commune d’enquête est constituée, réunissant magistrats et enquêteurs français, italiens et suisses.
Deux ans d’enquête pour dévoiler un trafic international
Pendant près de deux ans, les autorités judiciaires et policières ont travaillé main dans la main. Les services français, les carabiniers italiens, la police fédérale suisse et même la police belge ont coopéré pour retracer les circuits financiers et logistiques du réseau.
Les investigations ont révélé l’existence d’une organisation structurée autour de deux activités principales : l’importation de cocaïne depuis l’Amérique du Sud et le blanchiment des profits issus de ce trafic. La drogue transitait notamment par le port d’Anvers avant d’être acheminée vers la France et l’Italie. Le transport s’effectuait dans des véhicules de luxe spécialement aménagés, équipés de caches sophistiquées destinées à dissimuler les stupéfiants.
Un système de blanchiment bien rodé
Au-delà du trafic de drogue, le cœur du dossier repose sur un vaste mécanisme de blanchiment d’argent. Les enquêteurs ont identifié plusieurs sociétés écrans, en France comme à l’étranger, servant à masquer l’origine illicite des fonds. Les méthodes employées reposaient sur de fausses facturations, des montages financiers complexes et des investissements immobiliers.
Le principal suspect et sa compagne, d’origine monténégrine, possédaient ainsi de nombreux biens dans les Alpes-Maritimes. Villas et appartements étaient acquis au moyen de structures juridiques opaques, reliées à des sociétés italiennes elles-mêmes soupçonnées d’être contrôlées par les mafias. Une saisie de cocaïne réalisée en novembre 2025 au port d’Anvers a permis d’établir des connexions directes entre plusieurs membres du réseau et ces sociétés écrans, renforçant considérablement le dossier judiciaire.
Une journée d’action spectaculaire
Face à l’ampleur des éléments réunis, les autorités françaises, italiennes et suisses ont décidé de frapper simultanément. Le 23 février 2026, une vaste opération est lancée dans les trois pays.
En France, plus de soixante gendarmes sont mobilisés, dont des unités spécialisées comme le GIGN, l’unité nationale cyber et des équipes cynophiles. Quatre personnes sont interpellées dans le sud du pays, tandis que trois autres sont arrêtées en Italie en vertu de mandats d’arrêt européens délivrés par la justice française.
Des saisies révélatrices de la puissance financière du réseau
Le bilan matériel de l’opération est considérable. Les forces de l’ordre ont saisi plusieurs véhicules de luxe ainsi que des biens immobiliers estimés à plus de cinq millions d’euros. À cela s’ajoutent 26 000 euros en numéraire et environ 60 000 euros en cryptomonnaies.
Ces montants illustrent la capacité du réseau à transformer l’argent du narcotrafic en patrimoine légal, grâce à des montages financiers sophistiqués. Pour les autorités, il s’agit d’un coup dur porté non seulement aux individus interpellés, mais aussi aux structures mafieuses qui bénéficiaient de ces flux financiers.
Un signal fort contre l’implantation mafieuse en France
Cette affaire témoigne de la montée en puissance de la coopération judiciaire internationale face à des organisations criminelles de plus en plus transnationales. Elle montre aussi que le sud de la France, et notamment la région provençale, reste une zone stratégique pour les mafias italiennes cherchant à investir et à blanchir leurs capitaux.
Pour la justice française, cette opération constitue un succès emblématique : elle démontre que les méthodes antimafia développées en Italie peuvent inspirer et renforcer l’action des juridictions spécialisées françaises. Au-delà des arrestations, le démantèlement de ce réseau marque une avancée majeure dans la lutte contre l’économie criminelle et l’infiltration mafieuse sur le territoire national.

